DE DESPRÉAUX. 4,3
Quoique les commentateurs de Despréaux aient accablé ses œuvresd’un fatras de choses inutiles, les jeunes littérateurs peuvent tirer dece fumier quelques parcelles d’or, en étudiant les variantes des diversendroils que le poêle a corrigés. Rien n’est plus propre à former le goût,que de démêler dans les corrections d’un grand écrivain le motif desarrêts qu'il a prononcés contre lui-même. Une autre utilité des notesqu’on a faites sur Despréaux, c’est le soin qu’on a eu d’y rapporter lespassages que Despréaux avait traduits des anciens, et qu’il a pour l’ordi-naire très-heureusement rendus. Loin qu’il eût honte d’avouer ces lar-cins , il proposait par forme de déli à ses critiques d’en faire de pareils.Desmarcts l'accusait d’être redevable à Horace et à Juvénal des meilleursendroits de ses satires : Avouez du moins, répondit un homme d’esprit,f/ue ses larcins ressemblent à ceux des Irai tans ; ils lui servent à faireune dépense dont tout le monde profite. Un écrivain tel que Despréaux ,qui savait s’approprier les richesses des anciens avec tant de choix, de
continuellement exposé dans ce genre d’écrire. L’harmonie de la langue, sinécessaire à la beauté de la diction, nous est encore plus inconnue. Cicéronremarque dans son Orator , que cette chute de période filiï lémeriUis , com-posée de trois brèves entre deux longues, serait flasque et sans effet. Cepen-dant le même orateur a employé avec le plus grand succès , et peut-être avecnne sorte d’alfectation, la chute esse vidéâtür , qui diffère de la précédentePar le seul déplacement d’une longue mise après les trois brèves. On trouveencore chez le même orateur, si sensible et si exact à l’harmonie, les chutesnomnit: indènt et altéràm métüb , qui renferment deux autres combinaisonsde trois brèves et de deux longues; en sorte que des difliirens arrangemensdont ccs cinq syllabes sont susceptibles, il n’y a de contraire à l’harmonieque celui de trois brèves entre deux longues : encore cette règle aurait-elledes exceptions, puisqu’on trouve dans l'exordc de la harangue pour Roscius,cette chute emanare poterit, que Cicéron n’aurait certainement pas employées’il l’avait crue aussi dénuée de nombre que la chute j'ïlïi tèmcntàs . Dc-'vinez-cn, si vous le pouvez, la raison : la seule différence qu’on observedans ces deux chutes, c’est que dans la première les trois brèves entre deuxlongues sont précédées de deux longues emà 9 et dans la seconde, d’unelongue et d’une br cvcj'ili. Mais la difficulté n’en est guère plus éclaircie. Ontout observer que cette terminaison de période, composée de trois brèves etde deux longues différemment combinées entre elles, équivaut à la combi-naison d’une brève et de trois longues dont Cicéron fait un usage presquec °ntinucl à la fin de scs phrases, et mémo de leurs différons membres, côni-Vfàbàrit, reUirdârëty quàm plünmôs. Dans ces terminaisons, la dernièreCst toujours censée longue, quoiqu’elle soit brève; ainsi on trouve souventdc s phrases de Cicéron terminées par des mots de la meme quantité qu’o-'tàrtcre , comme on voit des vers hexamètres qui se terminent par arma ,dernière étant censée longue. C’est encore un mystère de la prosodie**dnc, que la liberté si souvent prise par les anciens de regarder et de traiterc °tutnc longue nue syllabe brève finale, soit en vers, soit en prose, etc °tUnie brève une syllabe longue, selon le besoin qu’ils en avaient pour letonibre et l’harmonie. Nous ignorons (en juillet 1779, °ù nolls écrivons cettete tQarque) si jusqu’à présent aucun littérateur l’a faite. Nouvelle ou non ,tous la croyons utile à ceux qui voudront courir encore le risque d’écrire enMauvais latin ; nous espérons aussi que, par cette raison, nos lecteurs noust’adonneront celte longue note, et les détails qu’elle renferme.
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