4.4 NOTES SUR L’ÉLOGE
lumières cl <le goût, pouvait s’appliquer avec justice ce mot de Sénèquesur les secours qu’il tirait (les ouvrages d’autrui pour enrichir les siens :Soleo et in aliéna castra transire, non tanquam trausfuga, sed lanquamexplorator (je passe quelquefois dans le camp des autres, non commetransfuge, mais comme observateur ) ; c’est-à-dire, moins pour sortirde chez moi, que pour chercher ailleurs ce qui peut m’être utile.
(a6) Uniquement livré aux objets de la littérature et du goût, Des-préaux avait négligé les autres connaissances ; il ignorait jusqu’auxtermes les plus communs de la langue des sciences exactes ; ses ennemisont très-injustement triomphé de quelques traits de cette ignorance quilui sont échappés dans sa satire des femmes, entre autres d’avoir faitparallaxe masculin et non féminin. Il pouvait répondre que, dans unouvrage où il reprochait à quelques femmes l’affectation du savoir, iln’était pas messéant au poète qui les en reprenait, de paraître ignorerlui-même jusqu’à la langue d’une science si opposée aux agrémensdelapoésie, comme à ceux de leur sexe. Nous ne répondons pas que lescenseurs de Despréaux se paient de cette apologie ; mais vraisemblable-ment il eut recours à ce prétexte ou à ccttc raison, pour ne se point cor-riger ; car il laissa subsister la faute , soit d’ignorance, soit de projet,qu’on lui avait reprochée. C’est sans doute aussi par cette raison qu’iln’a fait aucun changement à deux vers de la même satire, où ses en-nemis l’accusaient d’avoir ignoré les premières notions de l’astronomie :
Que l’astrolabe en main un autre aille chercher
Si le soleil est fixe, ou tourne sur son axe ;
vers que l’abbé Tcrrasson a essayé de corriger ainsi, et qui, pour êtreplus exacts, n’en sont pas meilleurs :
Qu’un télescope en main un autre aille chercher
Si le soleil fixe tourne encor sur son axe.
Ce poète, qu’on accusait si amèrement d être peu philosophe , a néan-moins rendu le plus important service à la raison , par Varrêt burlesquequ’il donna en laveur de la philosophie d’Aristote ; il fit mieux encore,il mit dans cct important service, comme nous l’avons dit dans son éloge,toute la prudence et tous les ménageinens qui en assurèrent le succès,fuisse l’exemple de Despréaux , dans cette circonstance critique , mo-dérer la fougue de ces écrivains impétueux qui, attaquant sans ménage-ment des erreurs accréditées , traînent, pour ainsi dire , avec violence,les yeux bandés, et sans précaution, le char de la vérité sur un che-min plein d’ornières et bordé d abîmes ! ils finissent par le briser et leprécipiter pour jamais : qu’ils apprennent de notre grand et sage poète,(pie la vérité , toujours obligée de se mettre en route de très-loin , doitcheminer lentement et à petit bruit, si elle veut cheminer sans risque ,et que sa devise est celte inaxune de la tortue qui arrive au gîte avant lelièvre :
lticu ne sert de courir, il faut partir à point.