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Tome deuxième.
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DE REGNIER DESMARAIS. 465

ne contiennent nullement au roi. Il faudrait dire : Il règne dans toutce que vous dites ; ou bien, vous ne dites rien où il ne règne. (Il mesemble que, du moins aujourd’hui, dans tous vos discours, signifieraitdans tout ce que vous dites.)

(u) ( Une souveraine raison. ) Celte souveraine raison , dont il est iciquestion, et qui fait les sages princes et les habiles politiques, est-cela même qui fait les orateurs et les poètes? Nullement : c’en est uned’une espèce toute différente, et qui n’a rien de commun avec l’élo-quence , si ce n’est parce qu’il n’y a point de véritable éloquence quecelle qui est fondée sur la raison. (En donnant ici la raison pour baseessentielle A l'éloquence, on justifie, au moins jusqu’à un certainpoint, la phrase de l’Académie, Vadulation étant toujours mise àpart. )

(y) (Qui vous rendent maître de toute l’âme de ceux qui vousécoutent, et qui ne leur laissent d’autre volonté que la vôtre. ) Toutcela se peut fort bien dire d’un grand prédicateur , d’un grand orateur,et, si l’on veut, d'un éloquent général d’armée accoutumé a haranguerses soldats et à leur inspirer ce qu'il veut; mais non pas d un roi quidonne ses ordres à ses ministres, et qui leur prescrit ce qu’ils doiventfaire. Yoilà quant a usons des paroles :jc viens maintenant aux parolesmêmes.

On dit fort bien , en parlant d’un orateur , ceux qui l’écoulent.Mais en parlant d’un roi qui agite, qui discute avec ses ministres lesaffaires de son Etat, il faut dire , ceux qui l’entendent parler. Et dire,en celte occasion, ceux qui l’écoutent, c’est une phrase aussi impropreque si on disait ses auditeurs pour dire ses ministres. (Je ne crois pascelte critique juste. Ceux qui l’écoutent a quelque chose de plus flat-teur, et de plus noble, puisqu’ enfin on veut ici louer le roi, que ceuxqui l’entendent parler.)

Il y a , ce me semble , une autre faute de justesse dans ces paroles ,qui vous rendent... et ne leur laissent... car ce ne sont pas les expres-sions fortes et précises qui rendent un homme maître, etc. , c est lasouveraine raison soutenue de ces expressions. Et par conséquent, aulieu que ces mots sont mis au pluriel, et se rapportent à expressions ,ils doivent être mis au singulier, et se rapporter à souveraine raison.

Je croisaussi qu’en cet endroit expressionsfiortes n est pas bien dit,Parce que, dans la bouche du maître, des expressions fortes sont desExpressions dures et qui tiennent de 1 empire de la menace. (Des ex-pressions fortes, même dans la bouche du roi, ne sont point desExpressions dures, mais des expressions pleines de vigueur et d’ë-" e rgi e .

Quant à cette autre façon de parler, maître de toute l’âme, il meSc mble qu’elle a quelque chose de poétique , et qu elle est ici mal appli-quée ; car s’agit-il que le roi, pour faire entrer ses ministres dans sonB *niimcnt, se rende maître de leur esprit, par la force de ses raisons et