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Tome deuxième.
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ÉLOGE D’ABEILLE. 5 i 7

» de s’y livrer sans réserve, peut devenir un fâcheux écueil pour» eux ; que les démonstrations du respect et de la déférence ,» constamment soutenues de leur part, sont pour leur vanité» même un abri bien plus commode, et un garant beaucoup« plus sûr des égards qu’à leur tour ils sont en droit d’exiger ;» qu’en un mot, dans cette position hasardeuse et critique , ils» ne sauraient être trop attentifs à mesurer leurs discours , ni>> trop s’observer dans leur liberté même, pour ne pas dégrader» la noble indépendance de leur état, et ne pas l’exposer au» mépris de ceux qui ont tant d’intérêt de l’honorer. >> Bienpersuadé de ces maximes , l’abbé Abeille y conforma sa con-duite. Obligé de vivre avec des hommes fort supérieurs à lui parleur rang , et qu’il sentait apparemment disposés à abuser decette supériorité, il vit toujours, à travers les 1 caresses qu’il eu re-cevait , les ongles et les dents de ces loups bergers, suivant l’ex-pression d’un philosophe (1). En un mot, il sut avec eux êtretoujours à sa place, non dans le sens humiliant que l’orgueil dela grandeur attache trop souvent à ce mot, mais dans le sensnoble que doivent y attacher les talens , pleins d’une juste con-fiance sur la considération qui leur est due , et que réclame poureux le rare avantage d’être à la fois nécessaires et agréables.« J’ai trouvé moyen, disait l’abbé Abeille, par un mélange» heureux de liberté et de prudence , de vivre doucement et» décemment avec les grands, sans avoir jamais à m’en plaindre. :» et je 11’ai point été réduit à m’écrier comme ce personnage de» Molière, désespéré de s’être allié à ce qu’il appelle la gen-» tilliommerie : George Dandin, où t’es-tu fourré ? » Combiend’hommes de lettres ont eu les mêmes regrets que George Dan-din, pour n’avoir pas tenu, comme celui dont nous parlons, laSa ge conduite qui aurait pu les leur épargner !

Quoiqu’engagé dans l’état ecclésiastique, l’abbé Abeille ne«rut pas apostasier en travaillant pour le théâtre: il pensait, etavec très-grande raison , que la scène peut être une école deVertu , et qu’à ce titre jamais un citoyen honnête ne doit avoirde scrupule d’y consacrer ses talens. Il donna donc un assezgrand nombre de tragédies qui, presque toutes, furent accueil-les dans leur nouveauté ; mais la sévérité de l’habit qu’il portait,et le contraste de cet habit avec le genre de travail auquel ils 'était livré , lui attirèrent les reproches de quelques personnes'cgulières ou scrupuleuses, qu’il ne voulait pas scandaliser etJl 11 il avait intérêt de ménager. Il prit donc le parti de ne point■dre représenter et imprimer sous son nom ses derniers ou—^ r ages (?,). Il n’osa même, par une suite de cette délicatesse, niail 'e paraître sur le théâtre , ni mettre au jour quelques autres