D’ABEILLE.
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gramme ; ils en firent une entre autres ou ils appliquaient sanspitié à tous les ouvrages de l’abbé Abeille, ce vers qui lui avaitété si funeste.
Ma foi, s’il m’en souvient, il ne m’cn souvient guère.
Malheureusement pour l’anecdote qui servait de prétexte à cessarcasmes, plusieurs écrivains exacts et instruits en ont prouvéla fausseté : mais cette fausseté bien reconnue n’empêchera pasque l’anecdote ne soit encore répétée plus d’une fois ; il sullitpour cela qu’elle soit propre à amuser un moment la malignitépublique , qui, toujours pressée de jouir, reçoit avec avidité lesalimens qu’on lui offre , de quelque part et sous quelque formequ’ils lui soient présentés.
Quoique l’abbé Abeille ( pour parler le langage très-usité deson temps, et heureusement beaucoup plus rare du nôtre) pût. seflatter d’avoir des protecteurs puissans , il eut toujours la sagesseou le courage de ne point s’appuyer de leur secours , soit pourfaciliter ses succès au théâtre, soit pour y retarder ses chutes. Ilrefusa constamment de recourir à cette vile ressource, toujoursmutile et souvent fatale à ceux qui ont la bassesse et l’ineptied en faire usage. Il ne s’exposa point à la même humiliationqu’un poète son contemporain , dont la pièce fut solennellementsitTlée, quoiqu’un ministre, digne Mécène du poêle , eût envoyéun corps de troupes pour tenir en respect les spectateurs, quine s’y tinrent pas. Ce même ministre ayant laissé prendre dansle même temps , faute de secours, une ville que les ennemisnous enlevèrent, eut la satisfaction d’entendre dire qu’il auraitete plus heureux, «s’il avait seulement envoyé pour défendrecette place , autant de soldats qu’il en avait perdus à soutenir1 ouvrage de son malheureux protégé. L’homme puissant apprit,par cet écueil, ou son pouvoir vint si maladroitement se briser,Ce que l’abbé Abeille savait trop bien pour compromettre de lablême manière ses propres Mécènes ; qu’il est des objets sur lesquelsle despotisme veut en vain donner la loi ; qu’on éprouve mêmealors d'autant plus de plaisir à le braver, qu’on se sent d’ailleursP'us chargé de chaînes, et plus maître de les secouer un momentSa ns crainte et sans péril ; qu’enfin rien n’est plus fâcheux pourJ autorité , que de se rendre ridicule en voulant commander au"°n goût. Si les ouvrages dramatiques de l’abbé Abeille ne sontPas d’excellens modèles pour les poètes , sa manière de penserSllr la liberté littéraire, et son attention à n’y point porter al-l e ‘ nt e , est pour eux d’un grand exemple; et cette leçon de con-u 'te qu’il a donnée à ses confrères, peut lui tenir lieu de quelquesJ °nnes scènes de tragédie.