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Tome deuxième.
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5ao ÉLOGE

Il ne borna pas au genre tragique ses travaux pour le théâtre;il lit aussi une espèce de farce en un acte, intitulée Crispin belesprit, qui fut représentée comme ses autres pièces sous le nomd’un comédien , et qui depuis a osé reparaître quelquefois,‘parcequ’elle est gaie, semée de traits vifs et plaisans, et que les spec-tateurs , attendris ou ennuyés par uhe tragédie , consentent vo-lontiers à s’amuser un moment d’une bagatelle sans prétentionet sans apprêt, destinée à essuyer leurs larmes ou à dérider leur

front.

Notre académicien fit aussi dans le genre lyrique l’essai de sesforces; il fut auteur de quelques opéras qui obtinrent le suffragedes connaisseurs à qui il en fit lecture : cependant, comme il necroyait pas qu’on pût faire de l’opéra une école de mœurs ainsi([ue de la comédie, un scrupule austère, si l’on veut, mais tou-jours louable , le porta à supprimer ces ouvrages.

Enfin il a publié, en différentes occasions, des épîtres et desodes, dont quelques unes ont été lues avec succès dans les séancespubliques de l’Académie ; il en lut une entre autres sur lay;cr-tience et la constance dans l’adversité , qui fut assez applaudiepour mériter l’honneur d’une épigramme , dont le bon mol n’étaitpas un grand effort d’esprit; on opposait la constance de l’acadé-micien à faire de mauvais vers, à la patience que le public avaitde, les entendre. Le motif qui avait dicté cette épigramme, au-rait suffi pour la décrédiler. Elle était de l’abbé de Chaulieu,qui, mécontent de l’Académie dont il n’avait pu obtenir lessuffrages, et mécontent des amis de l’abbé Abeille qui lui enavaient fermé l’entrée, cherchait à se venger de ce dégoût, parces petits moyens , peu dignes de ses lalens^

Si les poésies de l’abbé Abeille ne sont pas des chefs-d’œuvrede versification, elles respirent du moins partout la vertu et lesmœurs. Les sentimens estimables que l’auteur a exprimés dansses vers, étaient la peinture de son âme. Bienfaisant et désin-téressé , il n’usa jamais de son crédit que pour obliger ceux quiavaient recours à lui; tout ce qui souffrait avait droit sur soncœur ; et quoique sa position lui fournît des occasions fréquentesd’augmenter sa fortune, il [mourut dans celte médiocrité hono-rable qui donne tant d’éclat à la vertu.

11 recueillit dans une circonstance flatteuse le prix de l’hon'nêleté de son caractère. Un poète, qui avait l’ait conLre lu*une épigramme injurieuse, se trouva quelque temps après ;lIlouen, oh notre académicien était aussi à la suite du marécha*de Luxembourg, gouverneur de Normandie. L’abbé Abeille »qui n’ignorait ni l’épigramme ni l’auteur, alla chercher le poète »le présenta au maréchal de Luxembourg en le comblant d e'