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Tome deuxième.
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DE GENEST. 531

son talent ; il produisit coup sur coup diverses autres poésies ,qui affermirent les fondemens de sa réputation , non-seulementpar leur propre valeur, mais encore par les circonstances oùelles parurent. Il fit, à la suite du duc de Nevers, la campagne de1673 et celle de 1673. Dans la première , il eut l’honneur deprésenter au roi une ode sur la conquête de la Hollande 1 , etdans la seconde, une ode sur la prise de Mastricht. Outre queses vers étaient vraiment beaux, ils avaient d’ailleurs l’avantaged’être chantés, pour ainsi dire, sur le champ de bataille, etmêlés avec les acclamations d’une armée triomphante. Pélisson ,cet homme illustre, dont le cœur méritait encore plus delouanges que l’esprit, et qui jamais ne perdit une occasion d’êtreutile aux gens de lettres , se joignit au duc de Nevers , pourfaire valoir auprès du roi les poésies de Genest. Aussi furent-elles honorées des regards de sa majesté, et récompensées deses bienfaits, comme l’auteur nous l’apprend dans une épîtredédicatoire, où il témoigne son étonnement d’avoir pu, sansart, sans étude, sans éducation , parvenir à faire ces poésies,et, si l’on ne m'a point trompé, ajoute-t-il, rencontrer quel-quefois les pensées de ces anciens, que je liai jamais lus.Voilà, dans un aveu si humble , la confirmation de ce que jevous ai dit.

» A la fin de la campagne de 1673, sa muse reçut de nou-veaux honneurs ; il remporta le prix de l’Academie. Une vic-toire de cette espèce , annoncée par les gazettes , retentit danstout le camp ; et chacun prit part à sa joie. Toutes les tables del’armée se le disputaient matin et soir. Je crois, monsieur, vousavoir déjà fait entendre qu’il aimait les plaisirs de la table , etqu’il s’y livrait de bonne grâce. Un jour entre autres, pendantqu’il buvait et qu’il folâtrait avec une troupe de jeunes officiers,le P. Ferrier, confesseur du roi, vint à passer devant leur tente ;et lui ayant fait signe d’approcher : Je voudrais bien , lui dit-ilà l’oreille, vous voir plus de sagesse , et un autre habit ; parolesénergiques qui trouvèrent un auditeur docile , en sorte qu’iln’eut pas plus tôt regagné Paris , qu’il accourcit sa perruque ettroqua son épée contre un petit manteau noir. Pour peu que le

' On cite avec éloge dans le Ménagiana quelques vers de cette ode , oùl’auteur dit que Louis-le-Grand, plus terrible que le monarque îles deux,qui ne lance sa foudre que durant l’été, a tait gronder la sienne au plus fortdes hiaens; parce qu'en effet la Hollande fut conquise presque toute entièredans cette saison. Cette flatterie , un peu grossière , n’était pas nouvelle; pla-ceurs poètes l’avaient déjà mise en œuvre quelques années auparavant pour lauonquéie de la Franche-Comté par le même prince. L’abbé Genest n’eutauprès du roi que le triste mérite de la répéter.