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ÉLOGE
P. Ferrier eût vécu , ses bonnes intentions ne seraient pas de-meurées sans effet. Il faisait cas des gens d’esprit, étant lui-même très-savant, et auteur d’un excellent traité de Deo ; jeparle ainsi de ce livre pour l’avoir lu. Mais une mort préma-turée enleva le P. Ferrier, et trompa les espérances de l’abbéGenest, qui, ne pouvant plus , par respect pour sa soutanelle,donner des ordres dans l’écurie du duc de Nevers , prit le partid’aller à Rome, où ce seigneur avait de grands biens. Il y passadeux ou trois ans , au bout desquels il fut rappelé par Pélisson ,qui le prit chez lui à Yersailles, où il se trouvait en mêmetemps à couvert des besoins et à portée des grâces. Mais ce quime paraît plus heureux encore , il y eut toute facilité de se fau-filer avec les hommes choisis , qui furent successivement pré-posés à l’éducation de M. le dauphin, de M. le duc du Maine,et de M. le duc de Bourgogne. Quels hommes c’étaient ! Yousles connaissez, monsieur, et je me borne ici à vous dire, qu’ilsfurent tous les amis et les protecteurs de l’abbé Genest ; etqu’après l’avoir bien connu , ils conspirèrent tous ensemble ,pour le placer, en qualité de précepteur, auprès de mademoi-selle de Blois, aujourd’hui son altesse royale madame la duchessed’Orléans.
» Jugez combien ses mœurs devaient être aimables , puis-qu’un Bossuet, un Decourt, un Malezieu , charmés de voirjusqu’à quel point la nature avait été libérale pour lui , entre-prirent à frais communs de suppléer à ce que l’éducation ne luiavait pas donné. Pendant qu’il était chez le duc de JNevers, uneprodigieuse envie d’apprendre , mais jointe à l’impossibilité depuiser dans les sources, le rendait assidu aux conférences ducélèbre Roliaut, qui enseignait la philosophie de Descartes. Iln’en avait pu prendre, dans les entretiens publics , qu’une tein-ture superficielle , mais suffisante néanmoins pour entrer là-dessus en matière avec Bossuet, qui, connue nous le savonsd’ailleurs , était grand cartésien. D’abord ce savant maîtres’aperçut que les londoniens nécessaires pour bâtir solidement,n’étaient pas jetés dans 1 esprit de son disciple ; je veux dire, queles règles de la dialecLique lui étaient inconnues. Ainsi, lesleçons qu’il lui donna commencèrent par cette science , qui estla clef du raisonnement, lous les mardis, l’abbé Genest setrouvait au lever du prélat, et jouissait de son entretien jusqu’àl’heure où M. le dauphin entrait à l’étude. Peu à peu ils atta-quèrent toutes les parties de la philosophie, et ce fut là ce quidonna naissance à cette espèce de poème qu’il ne publia que surla (in de ses jours, mais dont il s’était occupé plus de trente