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DE DANGEAU.
pouvoir arbitraire qu’ils voulaient y usurper. En effet, l’obscureet chétive ambition de se faire dans les académies un petit em-pire , est pour l’ordinaire la triste ressoui’ce de ces prétendusamateurs qui , ne pouvant se donner par leurs intrigues, etmoins encore par leur mérite, l’existence qu’ils désireraient surun plus grand théâtre, essaient, pour s’en dédommager, de sub-juguer et d’avilir le talent modeste et timide. Dévorés , sans gé-nie et sans moyens, de la fureur de dominer, ils se font tyransoù ils peuvent, désespérant de l’être ou ils le voudraient; sem-blables à ce malheureux Denys de Syracuse , qui , chassé de sontrône et de sou pays, alla se faire maître d’école à Corinthe ,pour exercer sur des enfans l’empire qu’il n’avait pu faire sup-porter à des hommes. L’abbé de Dangeau aimait trop les lettrespour les laisser à la merci de ces oppresseurs subalternes; et saconduite, dans la conjoncture dont nous parlons , fut aussi nobleque ses principes. Nous avons déjà fait sentir dans une autrecirconstance 1 combien une classe d’honoraires, moins étrangèresans doute à d’autres académies très-respectables , serait parminous mal sonnante et déplacée. Il ne faut donc pas s’étonner sile ridicule d’un pareil titre frappa vivement messieurs de Dan-geau ; nous disons messieurs de Dangeau , car M. le marquisde Dangeau, membre de celte compagnie comme son frère , etaussi digne de l’être , partage avec lui l’honneur des démarchesque nous allons rapporter. Ils avaient l’un et l’autre, par leuresprit et par leurs connaissances , des droits trop bien fondés àla qualité de simple académicien, ils en connaissaient trop leprix, pour ne pas voir tout ce qu’ils perdraient à la décorationpeu flatteuse dont ils étaient menacés ; car ils ne pouvaientéviter d’être honoraires de l’Académie Française, en cas qu’ellefût condamnée à se voir appauvrie par une classe d’académi-ciens si peu faite pour elle. Us firent sentir à leurs confrères ce<[ue tous les nôtres, sans exception, fout gloire de penser au-jourd’hui , que les places accordées parmi nous aux hommesdistingués par le rang, ne sont point, le prix de leurs dignités,mais de la finesse de goût et de la noblesse de ton que doit leurdonner le inonde où ils vivent ; et que prétendre être admis, àsimple litre de naissance, dans une compagnie telle que lanôtre , serait une ambition aussi humiliante, que de vouloirentrer à titre de bel esprit dans un chapitre d’Allemagne. MM. deDangeau profilèrent de l’acccs qu’ils avaient auprès du roi, pourporter aux pieds du trône le vœu de l’Académie; et, par leurssages remontrances , ils firent sans peine avorter une entreprise
* / lit piefacc des éloges , lue dans une séance publique.