DE L’ABBÉ DE C1I0ISY. 25
110 s absurdes aïeux , et qu’à la honte même de notre siècle , quiprétend avoir secoué tant de préjugés , on trouverait encoresecrètement, mais fortement établie dans plus d’une tête impor-tante. C’était en conséquence de ce grand principe , que ma-dame de Choisy exhortait ses enfans à ne voir que des gens dequalité, pour n’être point glorieux, disait-elle , et pour s’accou-tumer de bonne heure à cette complaisance qui fait aimer detout le monde. Elle aurait dû ajouter à ce conseil celui de ne pasconfondre auprès des grands les égards qu’on ne doit jamaisleur refuser, avec l’adulation qu’on ne doit à personne ; mais ilest à présumer que cette mère si peu glorieuse, n’était pas fortdélicate sur la distinction de la déférence et de la bassesse ; dis-tinction que les âmes élevées sentent d’elles-mêmes , et qu’envain on voudrait apprendre aux autres.
Le jeune abbé de Choisy , car sa famille avait résolu de bonneheure d’en faire un prêtre , profita si bien des conseils de samère, qu’il se vantait de n’avoir jamais vu un homme de robe ,excepté ses parens, qu’il ne voyait même que par bienséance,et en se reprochant les momens qu’il leur donnait. Il passait savie , nous empruntons ici ses propres paroles , ou dans son ca-binet avec ses livres , ou à la cour avec ses amis, car il croyaitqu’on avait des amis à la cour. Mais quelque à plaindre qu’il fûtdans son erreur , il avait tant de plaisir à se dire l’ami d’un mi-nistre ou d’un courtisan , et ce titre , quand on le lui donnait,chatouillait si agréablement ses oreilles , qu’il y aurait eu de lacruauté à troubler son amour-propre dans cette chétive jouis-sance , et à lui envier une satisfaction qui ne faisait de mal àpersonne.
Quoiqu’il menât dans le monde une vie assez dissipée, il secrut obligé, d'après la décision île sa famille, de remplir sa vo-cation ecclésiastique , qui néanmoins ne paraissait pas fort clai-rement indiquée, soit par son goût, soit par sa manière de vivreet de penser. Il se mit donc sur les bancs de Sorbonne , et y fitavec distinction les exercices ordinaires ; l’abbé Le Tellier, de-puis archevêque de Reims, se trouvait en licence dans le mêmetemps, et venait argumenter à toutes les thèses, oh, par l’opiniâ-tieté de son ergotisme, il se rendait la terreur du soutenant,et souvent même du docteur qui présidait. L’archevêque deParis, Péréfixe , devaitprésider à une thèse de l’abbé de Choisy ;et ne voulant pas courir le risque du combat avec le redoutableabbé Le Tellier , prévint le soutenant qu’il n’ouvrirait pas latouche , et le laisserait se défendre comme il pourrait. Le jeunebachelier y consentit, se battit à outrance contre l’intrépide ar-gurnentateur, lui disputa jusqu'à la force des poumons, et jouit