DE L’ABBÉ DE CHOISI'. 35
volume: J’ai achevé, grilce à Dieu, l’Histoire de l’Eglise; jevais présentement me mettre à l’étudier.
Cette production , tout à la fois volumineuse et le'gère , futla dernière qu’il donna au public ; car les Mémoires pour servirà l’Histoire de Louis XIV , qu’il avait aussi écrits dans ses mo-mens de loisir, n’ont paru que depuis sa mort ; ces mémoires,quoique fort négligés pour le style, sont peut-être le plus agréablede ses ouvrages. Louis XIY, ses ministres, ses courtisans ,y sontpeints d’une manière d’autant plus piquante , que l’auteur neparaît pas avoir songé à les peindre; vraisemblablement il ne s’estpas douté des réflexions intéressantes que font naître les faitsqu’il raconte, et du portrait qu’on peut se tracer, d’après cesfaits , de ce monarque si flatté , mais assez digne d’estime pourmériter de ne pas l’être, dont l’esprit naturellement juste et droit,et le cœur aussi noble que vertueux, pouvaient quelquefois êtreséduits par les préjugés de la grandeur et de la fausse gloire ,mais n’avaient pu être étouffés par ces préjugés funestes ; qui ré-compensait et employait le mérite dans ceux même qu’il n’ai-mait pas; qui écoutait avec plaisir l’adulation , et voyait avecmépris les adulateurs. On accuse cependant l’abbé de Choisy , etce serait dommage si l’accusation était fondée , d’avoir été aussipeu véridique dans ses mémoires que dans ses autres ouvrageshistoriques, et de les avoir remplis d’anecdotes fausses ou toutau moins hasardées. Legoûtdu roftian semble le poursuivre lorsmême qu’il écrit ce qui s’est passé sous ses yeux. Mais ce roman,si c’en est un , est le meilleur de tous ceux qu’il a faits.
Il mourut le 2 octobre 1724 , à l’âge de quatre-vingts ans ré-volus ; peu de temps auparavant, il avait fait encore les fonctionsde directeur à la réception de l’abbé d’OIivet son ancien ami ,et le discours plein de sensibilité qu’il prononça en cette occa-sion , fut comparé par ses confrères au chant du cygne. Il avaitété plus aimé d’eux pendant sa vie , qu’il n’en fut regretté aprèssa mort ; c’est qu’étant doyen de l’Académie lorsqu’il mourut,il eut malheureusement pour successeur dans le décanat unhomme bien plus fait pour honorer ce titre , l’illustre Fontenelle,qui en a joui plus de trente années, et trop peu de temps encoreau gré de nos vœux ; digne Nestor d’une compagnie littéraire ,rendant les lettres également respectables par ses ouvrages et parses mœurs ; objet de l’estime de la nation, et connaissant le prixde cette estime ; jouissant enfin de cette considération person-nelle , qui ne s’accorde ni au rang , ni au génie même, mais àla vertu seule , et dont 011 doit être d’autant plus jaloux , qu’onest plus exposé par ses talens ou par ses dignités au jugement deses contemporains. Il eût élé à souhaiter pour l’abbbé de Oiobv ,