(io ÉLOGE
entra dans l’Académie Française. Il devint ensuite archevêquede Toulouse, et en cette qualité, il se trouva souvent chargé deharanguer Louis XIY, au nom de la province de Languedoc.Il s’en acquitta avec le zèle d’un sujet et la dignité d’un évêque.Mais il fît un usage encore plus respectable de ses talens, dansles discours pleins de force et d’onction par lesquels il instrui-sait son peuple. Chargé du gouvernement d’un diocèse dont unegrande portion était plongée dans l’hérésie, il sut par ses instruc-tions, et plus encorè par la sage douceur de son zèle et par lasainteté exemplaire de sa vie , ramener à l’Eglise un grandnombre de ces enfans égarés. Son revenu était réellement celuides pauvres ; il le partageait avec eux , ou plutôt il le leur aban-donnait. Nous remarquerons ici, et l’histoire de l’Académie enfournit la preuve, que les prélats qu’elle a admis parmi sesmembres, et que par conséquent elle en a jugés dignes parleurstalens , ont été presque tous des hommes distingués et respec-tables par leur charité et leur bienfaisance ; c’est-à-dire, par lesvertus que l’Étre suprême a le plus recommandées aux chré-tiens , et surtout à ses ministres : argument fâcheux contre l’im-béciliité et l’hypocrisia, si intéressées à faire regarder la religioncomme incompatible avec les lumières. Les Nesmond , les Fié—chier, les Fénelon, les Bossuet et les Massillon, prouvent assez,contre ces absurdes déclamateurs , qu’on peut être chrétien ,sans être , comme ils le voudraient, avili par une stupide igno-rance. Aussi Louis XIY, que sa piété n’empêchait pas d’ac-cueillir et d’honorer le mérite, avait pour M. de Nesmond laplus grande estime. Il aimait beaucoup à l’entendre ; et un jourque l’archevêque de Toulouse manqua de mémoire en le ha-ranguant : Je suis bien aise, lui dit le monarque avec bonté, quevous me donniez le temps de goûter les belles choses que vousme dites.
M. de Nesmond ne prêchait pas toujours en évêque, quoiqu’ilne cessât jamais de l’être pour lui-même ; il prêchait en hommedu monde, à ceux qui n’entendaient que ce langage , et à quiles vérités utiles devaient être présentées avec grâce et avec fi-nesse , sous peine de n’être pas écoutées. Le talent de la poésie,<|u il avait cultivé dans sa jeunesse , et qui lui servait quelque-lois de délassement dans ses travaux, était entre ses mains l’ins-trument d’une morale , purement humaine à la vérité , mais laseule qu’il pût faire goûter à des esprits légers et frivoles. 11adressa les vers suivans à une femme aimable, livrée à une co-quetterie dont sa jeunesse lui cachait le danger :
Iris , vous comprendrez un jourLe tort que vous vous faites;