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ÉLOGE DE LA TREMOUILLE.
qu’elle craignait beaucoup. Le duc de La Tremouille, pour lapersuader qu’elle n’avait pas la maladie qu’elle redoutait si fort,résolut de s’enfermer avec elle , et voulut être sa principalegarde, malgré le juste effroi que lui inspirait à lui-même cecruel fléau de l’humanité; il gagna la petite-vérole, et il eumourut au bout de quelques jours, avec les sentimens de la ré-signation la plus édifiante, et en faisant à l’Étre suprême, jugeet rémunérateur des vertus, le sacrifice le plus entier de savie (i). '
La politesse séduisante et l’aménité de mœurs qui relevaientdans le duc de La Tremouille les grâces de l’esprit, n’empêchè-rent pas qu’il n’eût des ennemis, ou plutôt contribuèrent à luien donner par le succès même que lui procuraient ses agrémens.Revêtu d’une des principales charges de la cour, aimé du roi,recherché des sociétés les plus brillantes, il habitait un pays oùon ne laisse pas voir impunément quelque supériorité sur lesautres. Il fut l’objet de la satire la plus cruelle comme la plusinjuste; ne pouvant lui disputer ses talens aimables, la méchan-ceté voulut lui en ôter de plus essentiels ; on ne rougit pas delui contester les qualités militaires, malgré les 2>reuves qu’il enavait données en plusieurs occasions (2). Mais la réponse la plustranchante à ces imputations odieuses est l’attachement tendreet respectueux que lui témoignèrent les o/îiciers du régimentqu’il commandait, sentimens qu’ils n’auraient pas accordés à unchef peu digne d’être à leur tête. Ainsi, les épigrammes dont 011a cherché à flétrir le duc de La Tremouille, bien loin de nuire àsa mémoire, doivent être pour lui un nouveau titre d’estime,et nous avons regardé comme un devoir sacré pour nous d’eneffacer jusqu’à la plus légère impression. Malheur aux hommesque l’envie paraît oublier, et que la calomnie épargne! cetteindulgence est pour eux une triste atteslation de médiocrité, etnous citerons à cette occasion le mot d’un philosophe au sujetd’un autre jeune courtisan qu’il voyait loué de tout le monde.Parmi tant d’éloges, disait-il, une chose me fait de la peine ;je ne lui connais pas un ennemi, et je rien ai jamais entendudire de mal à personne. Il n’y aurait peut-être de vraiment louépar ces éloges négatifs que des hommes en place sur qui la mé-disance ou la calomnie ne trouveraient point à s’exercer. Maisoù sont-ils?
Le duc de La Tremouille était premier gentilhomme de lachambre du roi, et en cette qualité chargé de la surintendancegénérale des spectacles, et de la direction des deux troupes decomédiens. Il serait à souhaiter que ceux qui ont cette classed hommes dans leur dépendance, fissent de leur crédit et de