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Tome troisième.
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3oo ÉLOGE

vivement que lui. Les sociétés de celle espèce, qu’une femmed’esprit et de bon goût anime et préside, sont devenues pour euxplus rares de jour en jour ; et depuis peu d’années encore, ils ontfait en ce genre des pertes irréparables, quoiqu’ils aient peut-être plus besoin que jamais d’un pareil nœud, qui les réunisse,qui les accoutume à se ménager par des égards mutuels, et, s’ilsle peuvent, à s’aimer, ce qui, par malheur, est le point le plusdifficile.

Les vers de M. de Saint-Aulaire au cardinal de Fleury, quenous avons rapportés, ne sont pas les seuls qu’il ait faits pour ceministre, dont il était l’ami depuis long-temps , et l’ami le plusdésintéressé. Le cardinal, presque aussi âgé que notre académi-cien , et chargé à quatre-vingts ans du gouvernement de laFrance , soutenait le fardeau d’une si grande place avec celte li-berté d’esprit qui suppose ou un génie maîtrisant les circons-tances, ou une philosophie supérieure aux événemens, ou quel-quefois une apathie, heureuse au moins pour celui qui eu estpourvu, si elle ne l’est pas autant pour le bien des affaires. Iltrouvait le temps, au milieu de ses occupations, d’écrire à M. deSaint-Aulaire des lettres pleines de grâce et de gaieté, qui nerestaient pas sans réponse. Le style épistolaire, ce style dont lesgens du monde et les femmes pourraient donner des leçons à plusd’un bon écrivain, était le talent particulier des deux vieillards;un troisième, à peu près de leur âge, et qu’ils aimaient tousdeux, l’illustre Fontènelle, se trouvait quelquefois en tiers dansce commerce. Il écrivait un jour au cardinal de Fleury : Mon-seigneur , parmi toutes les dignités dont vous êtes revêtu, il vousen manque une que je possédé, et que je vous souhaite, à con-dition que j’en jouirai long-temps encore. Cette dignité est cellede doyen de l’Académie Française. Le cardinal répondit : Deve-nir doyen, j’y consens, mais non pas à l’être {']).

M. de Saint-Aulaire n’était pas tellement borné à la poésielégère, qu’il ne lui échappât quelquefois des vers plus sérieux ,et même aussi bons que s’il n’en avait jamais fait d’autres. Nousen citerons quelques uns, tirés d’une assez longue pièce, aussiintéressante par le sujet que par le sentiment honnête qui l’adictée. Celte pièce est une réponse à l’ode de La Motte , où cet au-teur prétend que l’amour-propre est le mobile de toutes nos ac-tions. M. de Saint-Aulaire crut trouver au fond de son cœur unprincipe plus noble des vertus humaines. Il peint tous les hérosdes Champs-Fllysées, alarmés et indignés de ce qu’on prèle à leurgrande âme un motif si peu digne d’elle :

Pline, de ce lièros, de ce Trnjan modeste ,

Ne pent voir avilir les sincères vertus;