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Tome troisième.
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DE SAIN T-AUL AIRE. 299

fort attachée à quelques pratiques de dévotion, qui sont moinsde précepte que de conseil. Elle exigeait que son vieux bergers’j soumît comme elle, et il s’y prêtait de bonne grâce. Ma ber-gère le veut, disait-il ; ce n’est pas la peine de la chagriner poursi peu de chose.

M. de Saint-Aulaire , en possession de hasarder à Sceaux toutce qui pouvait rompre la monotonie d’une conversation trop uni-forme, s’égayait même quelquefois aux dépens d’une petite so-ciété choisie, que madame la duchesse du Maine avait détachéede la foule, et qu’elle appelait sa petite cour. Quoique notreacadémicien en fût le chef, et, pour ainsi dire, le président, ilse permettait de légères plaisanteries sur la continuité des adu-lations dont la petite cour enivrait la princesse, qui n’avait pasle courage de les repousser, et sur l’esprit que cette société cher-chait toujours, mais que cependant elle trouvait. Aussi etait-elleappelée les galères du bel-esprit, par ceux qui n’y étaient pasadmis, et même par ses propres membres. M. de Saint-Aulaire,dans un de ces momens de causticité plus gaie que maligne, queles rameurs ses compagnons éprouvaient quelquefois de sa part,adressa à madame de Lambert les vers suivans sur cette doucegalère dont il était le patron :

Je suis las de l’esprit, il me met en courroux,

Il me renverse la cervelle :

Lambert, je vais chercher un asile chez vous ,

Entre La Motte et Fontcnelle.

La cour même de Sceaux applaudit à cette épigramme plai-sante et de bon goût. Dans le fond, M. de Saint-Aulaire, toutfêté qu’il était à Sceaux, préférait la douce liberté dont il avaitjoui chez madame de Lambert. Il avait plus besoin de se laisseraller sans contrainte à sa disposition bonne ou mauvaise, que defaire des frais importuns pour la satisfaction de sa vanité ; chezson ancienne amie, il lui était permis d’être négligé quand il levoulait ; chez sa bergère, il n’osait l’être ; la conversation avaitau suprême degré, chez madame de Lambert, le vrai méritequi lui est propre, celui de n’avoir ni ton , ni caractère exclusif,et de flotter, pour ainsi dire, au hasard avec un désordre aima-ble ; chez elle on était, sans inconvénient, gai ou triste, parleurou taciturne, spirituel ou dispensé de l’être; à Sceaux, M. deSaint-Aulaire se plaignait de ne pouvoir pas, disait-il, être bêlequand il l’aurait trouvé plus commode ; c’est ce qu’il répétaitsouvent aux gens de lettres qu’il avait connus dans l’une et l’au-tre société; ils partageaient d’autant plus sincèrement ses regretssur celle de madame de Lambert, qu’ils les sentaient encore plus