3o4 NOTES SUR L’ÉLOGE
avant lui à un jeune magistrat qui venait le consulter sur de mauvaisvers : Avez-vous eu, monsieur, l’alternative de faire ces vers oud’être pendu ? C’est peut-être ce qui a fourni encore à Molière l'idéedes vers suivons qu’il met dans la bouche du Misanthrope :
Mais pour louer ses vers, je suis son serviteur ;
Et lorsque d’en mieux faire on n’a pas le bonheur,
On ne doit de rimer avoir aucune envie,
Qu’on n’y soit condamne' sur peine de la vie.
Le caustique Despréaux aurait pu trouver dans cette même pièce lasatire juste ou injuste du marquis poète et académicien, contre lequel ilétait de si mauvaise humeur. Le trait suivant du duc de Montausier luiaurait fourni cette satire. Un courtisan bel-esprit plaisantait un jour cerigide homme de bien sur le personnage du misanthrope, dont on pré-tendait qu’il était le modèle. Eh ! ne voyez-vous pas, monsieur, luirépondit le duc de Montausier, que le ridicule du poète de qualité vousdésigne encore plus clairement ?
(4) Pour abréger le récit de l’opposition que témoigna Despréaux àl’élection du marquis de Saint-Aulaire , nous avons omis plusieurs cir-constances , que nos lecteurs ne seront peut-être pas fâchés de retrouverici. Lorsque notre académicien se mit sur les rangs pour la place vacante,le grand poète se tenait depuis long-temps renfermé dans sa retraited’Auteuil, ne paraissant plus ni à la cour ni à l’Académie. Revenu decette fureur de diviniser son roi, qui, durant les beaux jours deLouis XIY, c’est-à-dire, durant près d’un demi-siècle, avait été la ma-ladie épidémique de la nation , et surtout la sienne , il avait oublié pardésuétude son ancien métier de courtisan , qu’il n’exerçait jamais , disait-il , qu’à regret, mais qu’apparemment il voulait paraître exercer avecplaisir, tant l’excès et l’opiniâtreté de ses louanges laissaient voir peude marques de cette prétenduecontrainte. Devenu plus indifférent à toutdans les dernières années de sa vie, il ne se permettait plus guère d’épi-grammes ni de satires, mais il n’en était que plus avare d’éloges. Sou-vent même il prononçait sans beaucoup d’examen, et comme de premiermouvement, des arrêts sévères et sans appel, dont il ne revenait jamais.Ce fut avec cette sévérité inflexible qu’il condamna la pièce du marquisde Saint-Aulaire, qui était d’ailleurs une pièce galante , et qui à ce seultitre , quoique la décence y fût respectée, blessait l’austérité religieusedont le satirique se piquait dans ses mœurs, et surtout à la fin de sesjours. Il refusa donc à l’auteur de cet ouvrage (qu’on nous passe le pa-rallèle , car toutes proportions doivent être ici gardées) la même justicequ’il avait refusée si long-temps à Quinault, en l’appelant un poète fadeet doucereux, et que depuis il refusa bien plus durement encore à l’au-teur de Rhadamisle , en le mettant au-dessous des lloyer et des Pradon.L’inexorable Aristarque , pénétré sans doute de cette maximé, qui n’aplus qu’un moment à vivre, n’a plus rien à dissimuler, avait haute-ment déclaré que le jour de l’élection il viendrait exprès d’Autcuil à