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Tome troisième.
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DE SAINT-AULAIRE. 3o5

l'Académie, où il ne paraissait plus depuis long-temps, pour réclamercontre un si mauvais choix. Un de ces écrivains dont la médiocritétâche de se faire distinguer dans la foule, en se couvrant, pour ainsidire, de la livrée des hommes célèbres , et en recueillant les miettes quitombent de leur table, l’auteur du Bolœana , qui a compilé, sans beau-coup de discernement pour la mémoire de Despréaux, tout ce qui peutêtre pour lui un sujet d’éloges ou de reproches , est le garant qui nousassure (et qui le savait de Despréaux lui-même) que le poète irritétint parole, et vint donner au poète de qualité cette malhonnête boulenoire, que des académiciens gens de lettres ont eu le généreux procédéde réserver, en cette occasion, pour leurs semblables. Celui de sesconfrères dont les modestes remontrances ne parent adoucir son fiel ,était l’abbé de Lavau, qui lui-même de très-bonne maison, et auteurde quelques vers médiocres, se croyait plus intéressé que personne àprétendre que les vers d’un poète de qualité ne devaient pas être jugésavec la même rigueur que ceux d’un poète de profession.

Si nous en croyons le Bolœana, l’a bbé Abeille, antre poète médiocre,Rejoignit à l’abbé de Lavau pour fléchir l’inexorable Rhadamante de lalittérature, et partagea avec son obligeant confrère la brusquerie desréponses du satirique. Despréaux avait pourtant essuyé des sollicitationsassez vives en faveur de M. de Saint-Aulaire, et à la tête des solliciteursse trouvait le président de Lamoignon, à qui, dans toute autre circon-stance , il n’aurait rien refusé. Mais les mauvais vers , ou ceux qu’ilcroyait tels , ne pouvaient trouver auprès de lui ni passe-port ni sauve-garde.

Voltaire a raconté à plusieurs personnes une anecdote assez plaisante,et qu’il assurait tenir de bonne part, sur la querelle de Despréaux avecl’abbé de Lavau. Selon Voltaire , la pièce pour laquelle Despréaux venaitde donner sa boule noire au postulant , ne fut point citée à l’Académiepar le satirique le jour de l’élection ; il se déchaîna seulement en généralcontre les mauvais vers du candidat, et l’abbé de Lavau offrit, pour leconfondre , d’apporter à l’assemblée suivante des vers du même auteur,qui prouveraient combien Despréaux était injuste. Celui-ci, de soncoté, promit d’en apporter d’autres qui lui donneraient gain de cause.Les deux académiciens vinrent en effet, munis chacun de sa pièce justi-ficative , et cette pièce se trouva la même. La singularité du fait nousferait désirer qu’il fut vrai; mais il paraît difficile de concilier le récitde Voltaire avec celui du Bolœana, et même avec l’article où cet illusti eécrivain parle de M. de Saint-Aulaire dans son catalogue des auteursconnus du dernier siècle. Il semble résulter de ce s deux derniers récits,que la pièce de M. de Saint-Aulaire fut citée à l’Académie par Des-preaux dans la séance de l’élection ; car il l’accusait d’être non-seule-ment mauvaise , mais contraire aux bonnes mœurs.

Une pareille imputation exigeait des preuves, et les académiciensétaient en droit de forcer leur confrère à les produire sur-le-champ,bonnes ou mauvaises, car la conjoncture était instante; et ils ne pou-3- ?.o