336 NOTES SUR L’ÉLOGE
depuis l’origine jusqu’à nous, pour y trouver une des preuves les plussensibles du progrès des lumières dans la nation, et surtout chez lesgens de lettres. Parmi les sujets des dernières années, on trouvera ceux-ci , dont la plupart méritaient bien d’élre traités par des philosophes.
Qu’il est avantageux de n’êire ni pauvre ni riche.
Q’il est dû aux malheureux une sorte de respect.
La sagesse de Dieu dans la distribution inégale des richesses.
Jusqu’à quel point il est permis de rechercher ou de fuir les hon-neurs ?
La crainte du ridicule étouffe plus de talens et de vertus, qu’ellene corrige de vices et de défauts. *
En quoi consiste l’esprit philosophique.
Ce dernier sujet, qui a produit un très-bon discours du P. Guenard,a presque immédiatement précédé les éloges ; il était bien propre, parsa nature, à servir comme de passage, des sujets usés de prédication, àdes objets plus faits pour exercer de véritables orateurs.
(2) Il s’est passé, à l'occasion des éloges qui sont maintenant le sujetde nos prix, quelques faits académiques dont il est bon que le public soitinstruit. Tant que la compagnie n’avait proposé que des sujets faits pourdes sermons, elle avait cru devoir exiger l’approbation de deux doc-teurs en théologie, afin de mettre son orthodoxie et son jugement ensûreté. Lorsqu’elle commença à proposer les éloges, elle crut, par excèsde prudence, devoir toujours exiger la meme approbation, quelque sin-gulier qu’il pût paraître de soumettre à l’examen de deux prêtres et dedeux théologiens, l’éloge d’un grand capitaine (maréchal de Saxe), celuid’un grand homme de mer (du Guay-Trouin), et celui d’un grand mi-nistre des finances (Sully). Il était cependant arrivé que dans l’annoncequ’on avait faite à une assemblée publique d’un de ces sujets d’éloges, etde la condition d’être approuvé par deux docteurs en théologie, les au-diteurs avaient témoigné, par un léger murmure, qu’ils n’approu-vaient pas nos scrupules ; ce petit dégoût n’empêcha pas la compagniede demeurer fidèle à un usage dont le public semblait la dispenser.Enfin l’Académie ayant pris le parti, en 1768, de proposer l’éloge deMolière, elle sentit qu’il serait trop mal sonnant d’exiger, pour unpareil sujet, l’approbation des deux docteurs, à qui même la seule aus-térité de leur robe devait interdire la lecture de pareils ouvrages. Ellesupprima donc alors cette condition, qui était devenue tous les ans unsujet bien ou mal fondé de plaisanterie, et crut même pouvoir s’en af-franchir tout—&—fait pour l’avenir ; elle ne l’exigea point pour l’éloge deFénélon, qu’elle proposa l’année suivante. Elle avait imaginé d’ailleurs,et avec assez de raison, qu’ayant, parmi ses membres, beaucoup deprélats, membres du premier ordre de l’Eglise, elle'pouvait se dispenserd’aToir recours à des docteurs du second ordre , pour réformer tout cequi pourrait effrayer la foi dans les ouvrnges présentés au concours-