DE MONG1N.
33i
Elle s'est trompée ; et l’éloge de Fénelon, par La Ilarpe, qui a remportéle prix en 1771, quoique jugé par des académiciens très-orthodoxes , etdont quelques uns même étaient des évêques, quoique revu avant l’im-pression par des académiciens attentifs et scrupuleux, a néanmoins étéjugé digne de blâme par des reviseurs plus scrupuleux encore, et dontnous devons respecter la délicatesse, ne fût-ce que par la loi qui en arésulté ; car le feu roi Louis XY, toujours attentif à ce qui pouvait offen-ser, mais même tant soit peu alarmer la religion, nous a ordonné, parun arrêt de son conseil, qui a été rendu public, de faire revivre, pourtous les discours que nous recevrons à l’avenir, la condition de l’appro-bation des deux docteurs. Ainsi, quelque sujet que nous proposionsdans la suite, ne fût-qe que Y éloge de Bayle, ou de Rabelais, le publicne doit trouver ni mauvais ni étrange, que nous demandions l’attachedes théologiens, que peut-être, avec raison, on a jugé si nécessaire ;nous inviterons seulement les approbateurs à se contenir dans les bornesqui leur sont prescrites, à ne rayer, dans ces discours , que ce qui peutréellement blesser ht foi et les bonnes mœurs, et non ce qui peut con-tredire leurs opinions , leurs préjugés, et jusqu’à leurs chimères ; c’estce qui leur est arrivé plus d’une lois, et en particulier dans les élogesde Charles V, roi de France ■, où à l’occasion des plaintes du clergésur deux prêtres assassins que la justice aurait fait pendre, ils ont im-pitoyablement effacé tout ce 'qui était contraire aux prétentions desecclésiastiques, pour se soustraire à la juridiction des magistrats. Cetteliberté, pour ne pas employer d’autre expression, mériterait assuré-ment , si les censeurs s’y abandonnaient à l’avenir, les plaintes de l’Aca-démie et l’animadversion du gouvernement.
Je ne sais si la compagnie proposera encore long-temps pour sujetde ses prix d’éloquence l’éloge des hommes illustres ; il paraît difficileque ces éloges 11c tarissent pas , d’autant que la plupart des autres aca-démies s'en sont aussi emparées, ce qui doit épuiser plus promptementla mine. En cas que l’Académie revienne à d’autres sujets, le choix endeviendra difficile, surtout si elle veut éviter les lieux communs, quiseraient aujourd’hui plus iusipides que jamais. Il est cependant plusd un sujet intéressant que la compagnie pourrait proposer : en voiciquelques uns.
Le parallèle du siècle précèdent et de celui-ci, quant aux talens etquant aux lumières.
S’il peut être utile de tromper le peuple '■ ?
Si la superstition est plus injurieuse à Dieu que l'athéisme ?
‘ r,c! dgion peut avoir son fanatisme comme la superstition ?
Si ce n est pas nuire mortellement A la religion, que de regarder et
h-nilor. ..1 -j , 1 ’ °
de traiter les philosophes comme
ses ennemis .
1 Sujet proposé en 1767.
L académie de fîerlin a déjà proposé ce sujet : mais i] mériterait de Pétrcde nouveau. 1 ‘ ' ’
3 .
22