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Tome troisième.
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DE GIRARD. 36.

en usage ; par conséquent , s’il y a une langue dans laquelle onue puisse jamais employer indifféremment deux mots l’un pourl’autre , il faut en conclure que le sens de ces mots diffère , nonpar des nuances fines et fugitives , mais par des différences très-marquées et très-grossières ; les mots de la langue n’expnmerontdonc plus ces nuances , et dès lors la langue sera pauvre et sansfinesse.

Il est aisé de conclure de ces réflexions, quel a été le véritablebut de l’abbé Girard dans son ouvrage. Il ne se propose pas ,comme l’ont cru quelques uns de ses lecteurs , de prouver quela langue française est absolument et rigoureusement sans sy-nonymes, c’est-à-dire qu’elle n’a point de mots qui , dans au-cune occasion, puissent être employés les uns pour les autres;l’auteur connaissait trop bien les lois du style et les ressourcesde la langue , pour imposer aux écrivains une si fâcheuse con-trainte ; il savait que l’agrément et l’harmonie de la diction, etsurtout la variété qu’on doit répandre, autant qu’il est possible,dans les expressions ainsi que dans les tours, exigent qu’on évitela répétition trop fréquente du même terme , lorsqu’elle n’estpas rigoureusement nécessaire pour rendre avec netteté la pen-sée de l’auteur. L’abbé Girard se propose donc seulement defaire voir que la langue française n’a point de mots qui, danstoutes les circonstances possibles, puissent être substitués indif-féremment l’un à l’autre, et qu’il y a des cas, même très-fré-quens, où l’usage et le choix d’une de ces expressions est indis-pensablement nécessaire à cette précision délicate qui caractériseles bons écrivains. C’est ce qu’il prouve avec autant de clartéque de justesse , en réunissant sous un même article les motsqui paraissent avoir la même signification, en démêlant les dif-férences , quelquefois légères , mais toujours réelles , qui distin-guent le sens de ces mots ; en analysant ces différences , et enjustifiant cette analyse par des exemples qui rendent sensibleau lecteur l’usage des différens synonymes pour exprimer cesnuances.

Cet ouvrage, dont le projet était neuf, et l’exécution très—supeneure à ce qu’on pouvait attendre d’un premier essai dansune matière si difficile, fut reçu avec les plus grands et les plusjustes applaudisseinens. La Motte , appréciateur éclairé desfinesses de notre langue, n’ayant encore lu que la première édi-tion, ]ugea , sans connaître l’auteur, que l’Académie Françaisene pourrait se dispenser de l’admettre s’il s’y présentait avec unsi bon titre.

INon-seulement le travail de l’abbé Girard fut utile à sa nation ,et plus utile encore à toutes celles qui connaissent noire langue,