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presque également et le récipiendaire et l’Académie. Il auraitpu opposer à ces plaintes la fable si connue du Meûnier et deson fils ; un directeur plus avisé , qui eut mieux connu la ma-lignité du public et la vigilance de la haine , se serait peut-êtredispensé des deux réceptions , dont l’une avait valu des satires ,et l’autre des reproches à M. Languet; tout autre que lui n’eûtpas manqué de motifs pour représenter à la compagnie qu’unévêque ne pouvait ni louer un auteur de comédies sans com-promettre le prélat, ni le prêcher sans compromettre l’acadé-micien. Mais l’archevêque de Sens, homme simple, vrai, etpénétré du sentiment de ses devoirs, crut qu’il pouvait, en cettedouble occasion , les remplir tous également, quelque opposésqu’ils parussent, et s’aperçut trop tard qu’il s’était trompé.
En lui reprochant ses réprimandes, on lui reprocha aussi seséloges ; on rappela avec malignité un autre discours acadé-mique , prononcé par le même prélat plusieurs années aupara-vant, et dans lequel , voulant louer le cardinal de Fleury detoutes les manières possibles , il n’avait pas dédaigné de fairepartager ses éloges à l’antichambre du ministre, en célébrantl’honnêteté des domestiques qui l’habitaient. On ne sentit pasque ces éloges, qui retombaient sur le maître , étaient uneleçon indirecte et très-utile donnée à tant d’hommes puissans ,trop sujets à faire sentir le poids de leur grandeur , par l’inso-lence même des esclaves qui sont à leurs ordres.
Devenu sévère et rigoriste, non par caractère , mais par uneespèce d’émulation , et pour ne pas donner prise à des ennemisqui se piquaient surtout d’une grande austérité de principes ,l’archevêque de Sens se montrait difficile et scrupuleux, à l’égardmême des plus illustres et des plus irréprochables de ses con-frères. L’immortel ouvrage de Y Esprit des Lois fut un de sessujets de scrupule ; le prélat crut y voir la religion attaquée , ets’en expliqua assez clairement pour offenser l’auteur. Ce fut unmalheur pour l’éloge funèbre académique de l’archevêque deSens ; car le président de Montesquieu, étant directeur à lamort de M. Languet, pria la compagnie de le dispenser de fairecet éloge, dont il se trouvait chargé par le devoir de sa place :il eût été plus grand d’oublier , en cette occasion , le tort excu-sable d’un pieux évêque , qui , en se déclarant contre une desplus belles productions de notre siècle , mettait au moins de labonne foi dans des reproches où tant d’autres n’avaient portéque l’intolérance hypocrite et la basse envie ; l’illustre écrivainqui se croyait offensé, se serait vengé bien noblement en don-nant à son détracteur les justes louanges qu’il méritait à beau-coup d’égards. L’auteur de Y Esprit des Lois, dans plusieurs