DE LANGÜET. 383
» cadémie , en vous adoptant, donne à la beauté de votre génie» la couronne qu'elle mérite à ses yeux. Celui-là en effet mérite» quelque éloge, même de notre part, qui a banni de la scène» les passions criminelles qui corrompent nos spectacles, et qui5> a su faire servir les fictions poétiques à donner aux hommes5> d’utiles leçons. Ainsi, en rendant justice à la sagesse de vos» .vues, on pourra convenir sans peine qu’il y a quelque rapport» entre celui qui condamne nos théâtres, et celui qui essaie de» les corriger.... Continuez, monsieur , à fournir à nos jeunes» gens, je ne dis pas des spectacles, mais des lectures utiles,
» qui, en amusant leur curiosité , les rappellent à la vertu , à la» justice, aux sentimens d’honneur et de droiture que la nature» a gravés dans le cœur de tous les hommes ; continuez à ré-3> pandre un ridicule salutaire sur les goûts bizarres de la jeu-» nesse de notre siècle. Les orateurs chrétiens trouveraient» moins d’obstacles au fruit qu’ils désirent, si les esprits étaient» préparés aux vérités chrétiennes par les vertus morales , et par>> les sentimens que la raison inspire. Qu’il est difficile en effet» de faire de vrais chrétiens de ceux qui n’ont pas encore com-» mencé d’être des hommes raisonnables ! »
Quelque juste , quelque sage, quelque décent même que futcet éloge, le parti nombreux dont l’archevêque de Sens s’étaitattiré la haine par ses écrits, ne manqua pas de dire qu’il n’a-vait pas moins loué dans son discours le talent de faire des co-médies, que celui de faire des sermons, et qu’il proposait auxchrétiens de se disposer à entendre le sermon en allant à la co-médie. Une gazette satirique que ce parti imprimait depuis plu-sieurs années, et dont l’auteur avait alors quelquefois de l’esprit,qu’il n’a pas laissé à ses successeurs, saisit avec une sainte avi-dité cet édifiant moyen de tourner le prélat en ridicule ; et lepublic oisif, toujours empressé d’applaudir la satire, et satisfaitsurtout de s’immoler , quand il le peut, de grandes victimes,répéta avec complaisance les pieux sarcasmes dont les ennemisde la Bulle Unigenitus accablaient leur adversaire.
L’archevêque de Sens fut si bien corrigé par ces épigrarnmesinjurieuses du tort qu’on lui imputait d’avoir loué des comédies,quil se réforma sur ce point jusqu’à l’excès. Chargé , quelquesannées après, de la réception de Marivaux , auteur de plu-sieurs romans et d’un grand nombre de pièces de théâtre, ildonna au récipiendaire beaucoup moins d’éloges que de leçons ;il lui fit, avec toute la modération néanmoins que le lieu et lacirconstance pouvaient exiger, une espèce de réprimande épisco-pale sur ses ouvrages , qu’il n’osait pourtant convenir d’avoir lus,et poussa le zèle évangélique jusqu’au point de mécontenter