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lauriers qui vous attendent. Les fautes que Despréaux relevait,avec une civilité si pénible, dans les vers qu’il avait reçus, sem-blent prouver que le poète novice ne donnait pas encore par sespremiers essais de brillantes espérances. Mais le législateur duParnasse n’en fut que plus habile à deviner, en lui annonçantses succès futurs, supposé néanmoins que cet arbitre sévèreparlât en cette circonstance comme Destouches parlait sur lareligion, c’est-à-dire, qu’il écrivit ce qu’il pensait. Il devait luietre bien difficile d’observer toujours une vérité rigoureuse dansces jugemens de bienséance et de contrainte, où il renonçait unmoment à la satire, son élément naturel et favori, pour secondamner, comme il le disait lui - même, à la fadeur deséloges.
Quoi qu’il en soit, Destouches ne tarda pas à vérifier cetteprédiction, ironique ou sincère. Son talent commença à se ma-nifester en Suisse, par une comédie qui n’eût pas été indigne denaître chez une nation plus sensible aux plaisirs du théâtre. Ildonna le Curieux impertinent, qui fut joué dans tout le pays,et reçu avec transport; mais il aurait été médiocrement glorieuxde l’enthousiasme des Xreize Cantons, si leur suffrage n’eût étéconfirmé par l’accueil très-favorable que la même comédie ob-tint bientôt après sur la scène française.
Néanmoins cette pièce, qui n’avait reçu que des applaudisse-mens à Soleure et à Schaffhouse, eut à Paris le sort toujours as-suré aux ouvrages qui réussissent. Elle essuya plusieurs criti-ques , et ne parut pas même indigne de quelques épigrammes.Il en courut une entre autres, dont l’auteur eut la bonne foid’avouer qu’il ne l’avait pas faite pour contredire la juste appro-bation du public, mais seulement pour ne pas perdre un bonmot, qui méritait de n’en être un que pour lui. L’épigrammecontre le Curieux impertinent finissait par deux vers, où l’ondisait de cette comédie,
Ponr la voir une foi», on n’cst qne curieux)
Mais qui la verra deux, en remplira le titre.
Si tous les faiseurs de satires avaient la même sincérité que ce-lui-ci, de convenir qu’ils ont plus cherché à s’égayer aux dépensd’un talent avoué par eux-mêmes, qu’à faire une critique utileet juste , ils n’essuieraient pas le reproche qu’on leur a fait sisouvent de joindre la mauvaise foi à la bassesse, en déchirant cequ’ils sont forcés d’estimer. La littérature a fourni dans tous lestemps plus d’un exemple de ces hommes vils, qui condamnés àoutrager en pure perte les écrivains distingués, mentent non-seulement à l’équité qu’ils ne se piquent pas de connaître, mais