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Tome troisième.
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DE DESTOUCHES. 407

au public qui les en paie par le mépris, et à leur plaisir qu’ilsdevraient au moins ménager, s’ils ne respectent ni la vérité, nileur conscience (3).

Destouches répondit à cette épigramme comme il devait y ré-pondre, c’est-à-dire par un nouveau succès, celui de la comédiede VIngrat. Il était d’autant plus digne de traiter ce sujet, quemalgré les anciennes duretés de son père , il 11’avait point oubliéqu’il lui devait le jour et l’éducation; il trouvait au fond de soncœur reconnaissant et sensible la juste horreur que l’ingratitudedoit inspirer; et il en donna quelques années après la preuve laplus honorable pour lui, en envoyant à ce père, chargé d’unenombreuse famille, 40000 livres, qui étaient le produit de sontravail et de ses épargnes; action que l’âge d’or, s’il exista ja-mais ailleurs que dans les fables, aurait trouvée toute naturelle,mais qui par malheur est devenue louable dans un siècle oh depareils traits sont si rares. Le prix qu’on est forcé de mettre àcertaines vertus, qu’il faut bien appeler de ce nom parce quela corruption générale les a rendues peu communes, est une sa-tire de la nature humaine, d’autant plus fâcheuse et plus humi-liante, qu’on la fait sans y penser, et en croyant ne faire qu’unéloge. Mais ce qui honore le père encore plus que le fils, c’estque le vieillard reconnut alors leslarmes aux yeux ses injustices,aveu rare et presque héroïque pour un père âgé qui a tort; ilconvint que Deslouches, en résistant à ses vues tyranniques etbornées, avait été plus sage que lui, et que cette heureuse ré-sistance était la source du bonheur et de la paix que les succèset les bienfaits de son fils allaient répandre sur ses derniers jours.Ce fils, plus heureux encore en ce moment que son père, futconsolé de toutes les peines de sa jeunesse par la douceur de cetaveu, et par la joie de s’en être rendu digne.

Le public, en rendant justice aux détails de la comédie deVIngrat, trouva le rôle principal trop odieux; ce n’était pas levrai défaut de la pièce, car le Tartufe n’est pas moins odieuxque l’Ingrat, et le tableau que Molière en a tracé est le chef-d’œuvre du théâtre; mais c’est que l’hypocrisie, si détestablepar le masque dont elle se couvre, est en même temps ridiculepar la transparence du masque, et l’est si bien, que dans sonpieux ressentiment contre ceux qui la dévoilent et qui l’immo-lent , son tourment secret est moins de sentir qu’on la liait, que desentir qu’on la méprise ; l’ingrat au contraire, qui 11e pense pasmême à être comédien comme le tartufe, repousse le rire pourn’exciter que l’indignation, et laisse par conséquent peu de priseau poète comique, qui doit inspirer pour le vice encore plus demépris que de haine. Destouches sentit la vérité de ce principe,