DE DESTOUCHES. fai
qui les a vus naître, et moins faits pour être transplantés ail-leurs. Plus le comique est resserré et concentré dans un certainespace, moins il produit de sensation au-delà, quelque effetqu’il puisse avoir dans l’enceinte decet espace même (i i). Tellepièce de nos jours, constamment applaudie sur le théâtre dela capitale, écrite avec la plus rare élégance, pleine d’esprit,de finesse, de traits heureux et de vers qu’on a retenus, estpeu goûtée et à peine entendue dans nos provinces, parce quel'auteur y a peint les mœurs de Paris plus que celles de la na-tion , celles du moment plus que celles de Vannée , et le jargontlu jour plutôt que celui du lendemain. Heureux qui sait, commeMolière , joindre à la vérité des caractères la chaleur de l’action,à la peinture des sottises locales le tableau des mœurs humaines,à la justesse du dialogue la plaisanterie la plus vive et la plusgaie ! Peintre fidèle et intéressant, non-seulement de sa na-tion , mais de toutes les autres , non-seulement de son siècle ,mais des suivans, il pourra mettre sur ses tableaux l’inscriptionqu’un artiste grec mettait sur les siens : A la postérité ; et iln’aura point à craindre le mot de Fo.nlenelle sur une mauvaiseode qui avait ce même titre : Cela n’ira pas à son adresse.
NOTES.
(i) Malgré le préjugé barbare qui flétrit parmi nous l'état de comé-dien , disait Destouches, ou plutôt selon nous, à cause de ce préjugémême, un comédien qui se distingue par l'honnêteté de sa conduite , estdigne, à double titre, de la considération des hommes vertueux ; car ila le double courage , et de résister aux exemples de dépravation qu’il netrouve que trop parmi ses semblables , et de lutter contre l'avilissementque l’opinion lui imprime, sans qu’il puisse même se flatter d’adoucirsur ce point l’inexorable cruauté du public, qui met à peu près sur lamême ligne un comédien honnête et un comédien qui ne l’est pas, etqui même dédaigne encore plus le premier, s’il a moins de talent que lesecond.
Ceux des comédiens qui ne peuvent se venger de cette injustice par ladécence de leurs moeurs, s’en vengent, dit-on, par le despotisme et ladureté qu’ils exercent impunément contre les gens de lettres , qui sonttorcés d’avoir recours à eux pour la représentation de leurs ouvrages.Irrités et humiliés , dit Voltaire, de la flétrissure qu’ils éprouvent, « ils» s en dédommagent de leur mieux, en prodiguant à un pauvre auteur» dramatique tout le mépris dont ils sont couverts. Avilis, comme nous» le sommes, disait l’un d’eux, auprès de tous ceux qui n’ont rien à» craindre de nous, que serions-nous sans la ressource et la consolation» d ctre insoletis avec ceux qui ont besoin de noire secours? » On leur