DE DESTOUCHES. 433
bienfaiteur, il corrigeait les épreuves des livres qu'on imprimait chezlui. A l’âge de seize ans il prit pour une jeune personne, parente dulibraire, et qui demeurait dans la même maison , un goût très-vif auquelsa maîtresse eut le malheur de répondre, et dont les suites devinrentbientôt embarrassantes pour l’un et pour l’autre. Le jeune hommeeffrayé quitta, sans en rien dire, la maison du libraire ; et ne sachantque devenir, il prit le même parti que beaucoup de jeunes gens, devenusdepuis très-célèbres, avaient pris en pareil cas ; il s’engagea en qualité 'de simple soldat * dans un régiment qui allait partir pour l’Espagne(car on était alors en guerre), sc trouva au siège de Barcelone en 1697,et resta seul, lui et un sergent, de toute sa compagnie, enterrée sousune mine que firent jouer les assiégés. II racontait même à cette occa-sion une plaisanterie militaire de son sergent, qui le voyant resté seul,lui cria : marche à moi, la compagnie. Mademoiselle Quinault m’a plu-sieurs fois assuré que c’était au siège de Barcelone, et non de Landau ,que cette aventure était arrivée à Destouches, et qu’elle se ressouvenaitparfaitement de le lui avoir plus d'une fois entendu raconter. Elle ajou-tait , car je dois être ici de la vérité la plus exacte, qu elle ne lui avaitjamais ouï dire qu’il eût été comédien, quoiqu’il ne se fît pas un scru-pule de raconter, et même assez gaîment, les petits écarts de sa jeunesse ;mais je dois ajouter aussi que d’autres comédiens, aujourd’hui retirés ,regardent, à tort ou à droit, ce fait comme indubitable, et qu'en généraltous les gens de lettres encore existans, qui ont connu ou pu connaîtreDestouches, en sont fermement persuadés. Ont-Ils raison? c’est ce queje ne décide pas.
Si Destouches a été comédien , l’époque en paraît difficile à fixer. Dansl’épître dédicatoire de la Force du naturel, il dit qu’il avait à peineatteint sa dix-neuvième année, lorsque M. le marquis de Puisieux leprit auprès de lui; c’était donc vers 1699, puisque Deslouches était néen 1G80; et dans l’épître dédicatoire du Curieux impertinent, épîtreadressée àM. le marquis de Puisieux, son bienfaiteur : Vous avez eu, luidit-il, la générosité de m’attacher à vous il y a plus de dix ans. Cesdeux dates, comme l’on voit, sont parfaitement d’accord; mais d’unautre côté, suivant la lettre de M. Destouches le fils, rapportée ci-deSsus,notre académicien ne serait entré chez M. le marquis de Puisieux qu’en1703 au plus tôt, c’est-à-dire, après la campagne de 1702. S’il y est entréen 1699 » comme il résulte de son propre témoignage, il ne pourraitavoir été comédien que dans l’intervalle de 1697 “ 1699 > année du siègede Barcelone et de la paix de Ryswick. Si c’est immédiatement eu quit-tant le service qu’il s’est attaché à M. le marquis de Puisieux, en ce cas,
■ On peut voir dans l’e'logc de La love l’aîné, Ilist. de P Académie desSciences de 1718, que cet académicien, né d’une très-honnête famille, etqui fut dans la suite capitaine aux gardes, impatient d’entrer dans le servicecontre le gré de scs parens, avait commencé par s’engager comme simplesoldat dans un régiment de cavalerie , et se trouva en cette qualité h la ba-taille de Flenrtis.