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Tome troisième.
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nombre d’écrivains distingués ; il regardait les sociétés de belesprit, si étrangement multipliées dans les provinces , commeune espèce ou plutôt comme une ombre de luxe littéraire, quinuit à l’opulence réelle sans même en offrir l’apparence. Heu-reusement M. le duc de La Force , par un prix qu’il venait defonder à Bordeaux , avait secondé des vues si éclairées et sijustes. On jugea qu’une expérience bien faite serait préférableà un discours faible ou à un mauvais poème; et Bordeaux eutune académie des sciences.

Montesquieu, nullement empressé de se montrer au public ,semblait attendre, selon l’expression d’un grand génie, un âgemûr pour écrire ; ce ne fut qu’en 1721, c’est-à-dire, âgé detrente-deux ans, qu’il mit au jour les Lettres Personnes. LeSiamois des Amusemens sérieux et comiques pouvait lui enavoir fourni l’idée, mais il surpassa son modèle. La peinturedes mœurs orientales réelles ou supposées, de l’orgueil et duflegme de l’amour asiatique, n’est que le moindre objet de ceslettres ; elle n’y sert, pour ainsi dire , que de prétexte à unesatire fine de nos mœurs, et à des matières importantes quel’auteur approfondit en paraissant glisser sur elles. Dans cetteespèce de tableau mouvant, Usbeck expose surtout avec autantde légèreté que d’énergie, ce qui a le plus frappé parmi nousses yeux pénétrans ; notre habitude de traiter sérieusement leschoses les plus futiles, et de tourner les plus importantes en plai-santerie ; nos conversations si bruyantes et si frivoles; notreennui dans le sein du plaisir même ; nos préjugés et nos actionsen contradiction continuelle avec nos lumières; tant d’amourpour la gloire joint à tant de respect pour l’idole de la faveur ;nos courtisans si rampans et si vains ; notre politesse extérieureet notre mépris réel pour les étrangers, ou notre prédilectionaffectée pour eux ; la bizarrerie de nos goûts, qui n’a rien au-dessous d’elle que l’empressement de toute l’Europe à les adop-ter ; notre dédain barbare pour deux des plus respectables oc-cupations d’un citoyen , le commerce et la magistrature ; nosdisputes littéraires si vives et si inutiles; notre fureur d’écrireavant que de penser, et de juger avant que de connaître. A celtepeinture vive , mais sans fiel , il oppose , dans l’apologue desïroglodites, le tableau d’un peuple vertueux, devenu sage parle malheur ; morceau digne du portique. Ailleurs il montre laphilosophie long-temps étouffée, reparaissant tout à coup , re-gagnant par ses progrès le temps qu’elle a perdu , pénétrantjusque chez les Russes à la voix du génie qui l’appelle , tandisque chez d’autres peuples de l’Europe , la superstition, semblableà une atmosphère épaisse, empêche la lumière qui les envi-