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Tome troisième.
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DE MONTESQUIEU. 44 3

vonne de toutes parts, d’arriver jusqu’à eux. Enfin , par les prin-cipes qu’il établit sur la nature des gouvernemens anciens etmodernes, il présente le germe de ces idées lumineuses , déve-loppées depuis par l’auteur dans son grand ouvrage.

Ces différens sujets, privés aujourd’hui des grâces de la nou-veauté qu’ils avaient dans la naissance des Lettres Personnes ,y conserveront toujours le mérite du caractère original qu’on asu leur donner : mérite d’autant plus réel, qu’il vient ici dugénie de l’écrivain , et non du voile étranger dont il s’est cou-vert. Car Usbeck a pris , durant son séjour en France , non-seu-lement une connaissance si parfaite de nos mœurs , mais une siforte teinture de nos manières même, que son style fait souventoublier son pays. Ce léger défaut de vraisemblance peut n’êtrepas sans dessein et sans adresse : en relevant nos ridicules et nosvices, il a voulu sans doute aussi rendre justice à nos avantages ;il a senti toute la fadeur d’un éloge direct, et il nous a plus fine-ment loués en* prenant si souvent notre ton pour médire plusagréablement de nous.

Malgré le succès de cet ouvrage , Montesquieu ne s’en étaitpoint déclaré ouvertement l’auteur. Peut-être croyait-il échapperplus aisément par ce moyen à la satire littéraire, qui épargneplus volontiers les écrits anonymes , parce que c’est toujours lapersonne et non l’ouvrage qui est le but de ses traits; peut-êtrecraignait-il d’être attaqué sur le prétendu contraste des LettresPersonnes avec l’austérité de sa place : espèce de reproche ,disait-il, que les critiques ne manquent jamais , parce qu’il nedemande aucun effort d’esprit. Mais son secret était découvert,et déjà le public le montrait à l’Académie Française. L’événe-ment fit voir combien le silence de Montesquieu avait été sage.Usbeck s’exprime quelquefois assez librement, non sur le fonddu christianisme , mais sur des matières que trop de personnesaffectent de confondre avec le christianisme même ; sur l’espritde persécution dont tant de chrétiens ont été animés ; sur lesusurpations temporelles de la puissance ecclésiastique ; sur lamultiplication excessive des monastères , qui enlève des sujets àl’Etat sans donner à Dieu des adorateurs ; sur quelques opinionsqu’on a vainement tenté d’ériger en dogmes ; sur nos disputesde religion , toujours violentes et souvent funestes. S’il paraîttoucher ailleurs à des questions plus délicates, et qui intéressentde plus près la religion chrétienne , ses réflexions appréciéesavec justice sont en effet très-favorables à la révélation, puis-qu’il se borne à montrer combien la raison humaine abandon-née à elle-même est peu éclairée sur ces objets. Enfin parmi lesvéritables lettres de Montesquieu, l’imprimeur étranger en avait