DE L’ESPRIT DES LOIS. 4;3
Respecter jusqu’à un certain point les préjugés, les passions , les abus.Il doit imiterSolon, qui avait donné aux Athéniens, non les meilleureslois en elles-mêmes, mais les meilleures qu’ils pussent avoir : le ca-ractère gai de ces peuples demandait des lois plus faciles ; le ca-ractère dur des Lacédémoniens , des lois plus sévères. Les lois sontun mauvais moyen pour changer les manières et les usages : c’estpar les récompenses et l’exemple qu’il faut tâcher d’y parvenir. Ilest pourtant vrai en même temps que les lois d’un peuple , quand onn’affecte pas d’y choquer grossièrement et directement ses mœurs,doivent influer insensiblement sur elles , soit pour les affermir, soitpour les changer.
Après avoir approfondi de cette manière la nature et l’esprit deslois , par rapport aux différentes espèces de pays et de peuples , l’au-teur revient de nouveau à considérer les États les uns par rapport auxautres. D’abord en les comparant entre eux d’une manière générale,il n’avait pu les envisager que par rapport au mal qu’ils peuvent sefaire ; ici il les envisage par rapport aux secours mutuels qu’ilspeuvent se donner : or ces secours sont principalement fondés sur lecommerce. Si l’esprit de commerce produit naturellement un espritd’intérêt opposé à la sublimité des vertus morales , il rend aussi unpeuple naturellement juste, et en éloigne l’oisiveté et le brigandage. Lesnations libres qui vivent sous deux gouvernemens modérés , doivents y livrer plus que les nations esclaves. Jamais une nation ne doitexclure de son commerce une autre nation, sans de grandes raisons. Aureste, la liberté en ce genre n’est pas une faculté absolue accordée auxnégocions de faire ce qu’ils veulent, faculté qui leur serait souventpréjudiciable ; elle consiste à ne gêner les négocions qu’en faveur ducommerce. Dans la monarchie, la noblesse ne doit point s’y adonner,encore moins le prince. Enfin , il est des nations auxquelles le com-merce est désavantageux ; ce ne sont pas celles qui n’ont besoin derien, mais celles qui ont besoin de tout: paradoxe que l’auteur rendsensible par l’exemple de la Pologne qui manque de tout, excepté deblé, et qui par le commerce qu’elle en fait, prive les paysans de leurnourriture pour satisfaire au luxe des seigneurs.
Montesquieu, à l’occasion des lois que le commerce exige , faitl’histoire de ses différentes révolutions , et cette partie de son livrenest ni la moins intéressante , ni la moins curieuse* Il compare l’ap-pauvrissement de l’Espagne , par la découverte de l’Amérique, ausort de ce prince imbécile de la fable, prêt à mourir de faim, pour avoirdemandé aux dieux que ce qu'il toucherait se convertît en or. L’usagede la monnaie étant une partie considérable de l’objet du commerce,et son principal instrument, il a cru devoir en conséquence traiterdes opérations sur la monnaie , du change , du paiement des dettespubliques, du prêt à intérêt , dont il fixe les lois et les limites , etqu il ne confond nullement avec les excès si justement condamnés del’usure.
La population et le nombre des habitans ont avec le commerceun rapport immédiat, et les mariages ayant pour objet la population ,Montesquieu approfondit ici cette importante matière. Ce qui favorise