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Tome troisième.
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4?4 ANALYSE

le plus la propagation est la continence publique ; l’expérienceprouve que les conjonctions illicites y contribuent peu , et même ynuisent. On a établi avec justice pour les mariages le consentementdes pères ; cependant on y doit mettre des restrictions : car la loidoit en général favoriser les mariages. La loi qui défend le mariagedes mères avec les fils est, indépendamment des préceptes de lareligion, une très-bonne loi civile ; car sans parler de plusieurs autresraisons, les contractans étant d’âge très-différent, ces sortes de ma-riages peuvent rarement avoir la propagation pour objet. La loiqui défend le mariage du père avec la fille , est fondée sur les mêmesmotifs ; cependant , à ne parler que civilement, elle n’est pas si in-dispensablement nécessaire que l’autre à l’objet de la population ,puisque la vertu d’engendrer finit beaucoup plus tard dans leshommes; aussi l’usage contraire a-t-il eu lieu chez certains peuples ,que la lumière du christianisme n’a point éclairés. Comme la natureporte d’elle-même au mariage, c’est un mauvais gouvernement quecelui où on aura besoin d’y encourager. La liberté , la sûreté , la mo-dération des impôts, la proscription du luxe, sont les vrais principeset les vais soutiens de la population ; cependant on peut avec succèsfaire des lois pour encourager les mariages , quand malgré la corrup-tion il reste encore des ressorts dans le peuple qui l’attachent h sapatrie. Rien n’est plus beau que les lois d’Auguste pour favoriser lapropagation de l’espèce ; par malheur il fit ces lois dans la décadence,ou plutôt dans la chute de la république ; et les citoyens découragésdevaient prévoir qu’ils ne mettraient plus au monde que des esclaves ;aussi l’exécution de ces lois fut-elle bien faible durant tout R tempsdes empereurs païens. Constantin enfin les abolit en se faisant chrétien,comme si le christianisme avait pour but de dépeupler la société,en conseillant à un petit nombre la perfection du célibat.

L’établissement des hôpitaux , selon l’esprit dans lequel il est fait,peut nuire à la population , ou la favoriser. Il peut et il doit même yavoir des hôpitaux dans un Etat dont la plupart des citoyens n’ontque leur industrie pour ressource, parce que cette industrie peutquelquefois être malheureuse ; mais les secours que ces hôpitauxdonnent ne doivent être que passagers , pour ne point encourager lamendicité et la fainéantise. Il faut commencer par rendre le peuple riche,et bâtir ensuite ôtes hôpitaux pour les besoins imprévus et pressons.Malheureux les pays où la multitude des hôpitaux et des monastères ,qui ne sont que des hôpitaux perpétuels , fait que tout le monde est ason aise excepté ceux qui travaillent.

Montesquieu n’a encore parlé que des lois humaines ; il passe main-tenant à celles de la religion , qui dans presque tous les États fontun objet si essentiel du gouvernement. Partout il fait l’éloge du chris-tianisme , il en montre les avantages et la grandeur, il cherche àle faire aimer; il soutient qu’il n’est pas impossible, comme Raylel’a prétendu , qu’une société de parfaits chrétiens forme un Etat sub-sistant et durable. Mais il est permis aussi d’examiner cc que les■différentes religions, humainement parlant , peuvent avoir de con-forme ou de contraire au génie et à la situation des peuples qui le*