ÉLOGE DE MALLET. 477
les deux premières de ces places sont affectées de droit dux deuxprieurs de Sorbonne ; les deux suivantes , par un arrangementfondé sans doute sur de bonnes raisons, sont destinées aux deuxplus qualifiés de la licence : le mérite dénué de titres n’a danscette liste que la cinquième place; elle fut donnée unanimementà l’abbé Mallet.
Pendant sa licence il futaggrégé à la maison et société deNavarre. Les hommes illustres qu’elle a produits, Gerson ,Duperron , Launoi , Bossuet, et tant d’autres , étaient bienpropres à exciter l’émulation de l’abbé Mallet, et avaient dé-terminé son choix en faveur de cette maison célèbre.
Tout l’invitait à demeurer à Paris ; le séjour de la capitalelui offrait des ressources assurées , et le succès de sa licence desespérances flatteuses. Déjà la maison de Rohan l’avait choisipour élever les jeunes princes de Guemené Montbason ; mais samère et sa famille avaient besoin de ses secours : aucun sacrificene lui coûta pour s’acquitter de ce devoir , ou plutôt il nes’aperçut pas qu’il eût de sacrifice à faire ; il alla remplir auprèsde Melun, en 1744» une cur e assez modique, qui, en le rap-prochant de ses parens , le mettait à portée de leur être plusutile. Il y passa environ sept années dans l’obscurité, la retraiteet le travail, partageant son peu de fortune avec les siens , en-seignant à des hommes simples les maximes de l’Évangile, etdonnant le reste de son temps à l’étude : ces années furent, deson aveu, les plus heureuses de sa vie , et on n’aura pas de peineà le croire.
La mort de sa mère , et les mesures qu’il avait prise# pourrendre meilleure la situation de sa famille , lui permirent derevenir à Paris en 1751 , pour y occuper dans le collège de Na-varre une chaire de théologie , à laquelle le roi l’avait nommésans qu’il le demandât. Il s’acquitta des fonctions de cette placeen homme qui ne l’avait point sollicitée. Néanmoins la manièredistinguée dont il la remplissait ne l’empêchait pas de trouverdu temps pour d’autres occupations. Il mit au jour en 1753 sonEssai sur les bienséances oratoires, et ses Principes pour lalecture des orateurs. La solitude où il vivait dans sa cure avaitdéjà produit en 174b ses Principes pour la lecture des poètes.Malgré le besoin qu’il avait alors de protecteurs , il n’en cherchapas pour cet ouvrage ; il l’offrit à MM. de La Live ses élèves ; cefut sa première et son unique dédicace.
Ces différens écrits, et quelques autres du même genre qu’il amis au jour, étant principalement destinés à l’instruction de lajeunesse , il n’y faut point chercher, comme il nous en avertitlui-meme, des analyses profondes et de brillans paradoxes : il