Band 
Tome troisième.
Seite
493
JPEG-Download
 

DE DU MARSAlSv 493

heureux en tout; M. de Maisons le père chez qui il était entré,et qui en avait fait son ami, était trop éclairé pourne pas sentirles obligations qu’il avait à un pareil gouverneur, et trop équi-table pour ne pas les reconnaître ; mais la mort l’enleva dans letemps où l’éducation de son fils était prête à finÿ-, et où il seproposait d’assurer à du Marsais une retraite honnête , juste fruitde ses travaux et de ses soins. Notre philosophe, sur les espé-rances qu’on lui donnait de suppléer à ce que le père de son élèven’avait pu faire, resta encore quelque temps dans la maison;mais le peu de considération qu’on lui marquait, et les dégoûtsmême qu’il essuya, l’obligèrent enfin d’en sortir, et de renoncerà ce qu’il avait lieu d’attendre d’une famille riche à laquelle ilavait sacrifié les douze plus belles années de sa vie. On lui pro-posa d’entrer chez le fameux Law, pour être auprès de son fils,qui était alors âgé de seize ou dix-sept ans, et du Marsais acceptacette proposition. Quelques amis l’accusèrent injustement d’avoireu dans cette démarche des vues d’intérêt : toute sa conduiteprouve assez qu’il n’était sur ce point ni fort éclairé , ni fortactif; et il a plusieurs fois assuré qu’il n’eut jamais quitté sonpremier élève, si par le refus des égards les plus ordinaires onne lui avait rendu sa situation insupportable.

La fortune qui semblait l’avoir placé chez Law lui manquaencore ; il avait des actions qu’il voulait convertir en un bienplus solide : on lui conseilla de les garder; bientôt après tout futanéanti, et Law obligé de sortir du royaume, et d’aller mourirdans l’obscurité à Venise. Tout le fruit que du Marsais retirad’avoir demeuré dans cette maison, ce fut, comme il l’a écritlui-même , de pouvoir rendre des services importans à plusieurspersonnes d’un rang très-supérieur au sien, qui depuis n’ont patparu s’en souvenir y et de connaître, ce sont encore ses proprestermes , la bassesse , la servitude et l'esprit d'adulation desgrands.

Il avait éprouvé par lui-même combien cette profession si nobleet si utile , qui a pour objet l’éducation de la jeunesse, est peuhonorée parmi nous , tant nous sommes éclairés sur nos intérêts;ruais la situation de ses affaires, et peut-être l’habitude, luiavaient rendu cette ressource indispensable; il rentra donc en-core dans la même carrière , et toujours avec un égal succès. Lajustice que nous devons à sa mémoire nous oblige de repoussera cette occasion une calomnie qui n’a été que trop répandue. Ona prétendu que du Marsais étant appelé pour présider à l’éduca-tion de trois frères dans une des premières maisons du royaume,avait demandé dans quelle religion on voulait qu’il les élevât.Cette question singulière avait été faite à Law, alors de la re-