494 ÉLOGE
ligion anglicane, par un homme d’esprit qui avait été pendantquelque temps auprès de son fils. Du Marsais avait su le fait, etl’avait simplement raconté : il était absurde de penser qu’enFrance, dans le sein d’une famille catholique , où personne nele connaissait encore , et où il avait intérêt de donner bonne opi-nion de sa prudence, il eut hasardé un discours si extravagant,et qui pouvait être regardé comme une injure ; mais on trouvaplaisant de le lui attribuer, et par cette raison on continuerapeut-être à le lui attribuer encore, non-seulement contre la vé-rité , mais même contre la vraisemblance. Cependant nous nedevons pas laisser ignorer à ceux qui liront cet éloge , que ceconte ridicule, répété et même orné en passant de bouche enbouche , est peut-être ce qui a le plus nui à du Marsais. Les plai-santeries que notre frivolité se permet si légèrement sans en pré-voir les suites , laissent souvent après elles des plaies profondes;la haine profite de tout ; et qu’il est doux pour cette multituded’hommes que blesse l’éclat des talens , de trouver le plus légerprétexte pour se dispenser de leur rendre justice !
Cette imputation calomnieuse , et ce que nous avons rapportéau sujet de l’histoire des oracles , ne sont pas les seules persécu-tions que du Marsais ait essuyées. Il nous est tombé entre lesmains un fragment d’une de ses lettres sur la légèreté des soup-çons qu’on forme contre les autres en matière de religion : il nelui était que trop permis de s’en plaindre , puisqu’il en avait étési souvent l’objet et la victime. Nous apprenons par ce fragmentque des hommes qui se disaient philosophes, l’avaient accuséd’impiété, pour avoir soutenu contre les cartésiens que les bêtesn’étaient pas des automates. Ses adversaires donnaient , pourpreuve de cette accusation, l’impossibilité qu’il y avait, seloneux, de concilier l’opinion qui attribue du sentimentaux bêtes ,avec les dogmes de la spiritualité et de l’immortalité de l’âme,de la liberté de l’homme, et de la justice divine dans la distribu-tion des maux; du Marsais répondait que l’opinion qu’il avaitsoutenue sur l’âme des bêtes n’était pas la sienne; qu’avantDescartes elle était absolument générale , comme conforme auxpremières notions de l’expérience et du sens commun , et mêmeau langage de l’Ecriture ; que depuis Descartes même elle avaittoujours prévalu dans la plupart des écoles , qui ne s’en étaientpas crues moins orthodoxes ; enfin quec’élaitapparemment le sortde quelque opinion que ce fût sur l’âme des bêtes , de faire taxerd’irréligion ceux qui la soutenaient, puisque Descartes lui-mêmeen avait été accusé de son temps , pour avoir prétendu queles animaux étaient de pures machines. Il en a été de mêmeparmi nous, d’abord des partisans des idées innées, et depuis