DE DU MARSAIS. 4 g:
entendus par l’auteur, et ou mettra sous chaque mot latin leterme français correspondant : vis-à-vis de ce texte, ainsi dis-posé pour en faciliter l’intelligence, on placera le texte de l’au-teur tel qu’il est ; et à côté du français littéral, une traductionfrançaise conforme au génie de notre langue. Par ce moyen ,l’enfant repassant du texte latin altéré au texte véritable , et dela version interlinéaire à une traduction libre , s’accoutumerainsensiblement à connaître par le seul usage les façons de parlerpropres à la langue latine et à la langue française. Cette manièred’enseigner le latin aux enfans est une imitation exacte de lafaçon dont on se rend familières les langues vivantes , que l’usageseul enseigne beaucoup plus vite que toutes les méthodes. C’estd’ailleurs se conformer à la marche de la nature. Le langage's’est d’abord établi, et la grammaire n’est venue qu’à la suite.
A mesure que la mémoire des enfans se remplit, que leurraison se perfectionne, et que l’usage de traduire leur fait aper-cevoir les variétés dans les terminaisons des mots latins et dans laconstruction et l’objet de ces variétés , on leur fait apprendrepeu à peu les déclinaisons , les conjugaisons et les premièresrègles de la syntaxe , et on leur en montre l’application dans lesauteurs même qu’ils ont traduits : aiusi on les prépare peu à peu,et comme par une espèce d’instinct, à recevoir les principes dela grammaire raisonnée, qui n’est proprement qu’une vraie logi-que , mais une logique qu’on peut mettre à la portée des enfans.C’est alors qu’on leur enseigne le mécanisme de la construction,en leur faisant faire l’anatomie de toutes les phrases, et en leurdonnant une idée juste de toutes les parties du discours.
Du Marsais n’a pas de peine à montrer les avantages de cetteméthode sur la méthode ordinaire. Les inconvéniens de celle-cisont de parler aux enfans de cas, de modes, de concordance etde régime, sans préparation , et sans qu’ils puissent sentir l’usagede ce qu’on leur fait apprendre ; de leur donner ensuite desrègles de syntaxe très-composées , dont on les oblige de fairel’application en mettant du français en latin ; de vouloir forcerleur esprit à produire , dans un temps oii il n’est destiné qu’àrecevoir; de les fatiguer en cherchant à les instruire ; et de leurinspirer le dégoût de l’étude, dans un âge où l’on ne doit songerqu’à la rendre agréable. En un mot, dans la méthode ordinaireen enseigne le latin à peu près comme un homme qui, pour ap-prendre à un enfant à parler, commencerait par lui montrer lamécanique des organes de la parole ; du Marsais imite au con-traire celui qui enseignerait d’abord à parler, et qui expliqueraitensuite la mécanique des organes. Il termine son ouvrage parune application du plan qu’il propose au poème séculaire d’Ho-3. 3a