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Tome troisième.
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502 ÉLOGE

de la vieillesse du philosophe : action de générosité qui auraparmi nous plus d’éloges que d’imitateurs.

Notre illustre collègue , quoique âgé de près de quatre-vingtsans, paraissait pouvoir se promettre encore quelques années devie, lorsqu’il tomba malade au mois de juin de l’année 1756.Il s’aperçut bientôt du danger où il était, et demanda les sacre-mens , qu’il reçut avec beaucoup de présence d’esprit et detranquillité : il vit arriver la mort en sage qui avait appris à nela point craindre , et en homme qui n’avait pas lieu de regretterla vie. La république des lettres le perdit le 11 du même mois,après une maladie de trois ou quatre jours.

Les qualités dominantes de son esprit étaient la 'netteté et lajustesse, portées l’une et l’autre au plus haut degré. Son carac-tère était doux et tranquille , et son âme toujours égale parais-sait peu agitée par les différens événemens de la vie, même parceux qui semblaient devoir l’affecter le plus. Quoique accoutumeà recevoir des louanges, il en était très-peu flatté ; faiblesse, sic’en est une , pardonnable aux philosophes même , et bien na-turelle à un homme de lettres qui n’avait point recueilli d’autrerécompense de ses travaux. Peu jaloux d’en imposer par les de-hors souvent grossiers d’une fausse modestie,il laissait entrevoirsans peine l’opinion avantageuse qu’il avait de ses ouvrages ;mais si son aihour-propre n’était pas toujours caché, il se mon-trait sous une forme qui ne pouvait choquer celui des autres.Son extérieur et ses discours n’annonçaient pas toujours ce qu’ilétait : il avait l’esprit plus sage que brillant, la marche plus sûreque rapide, et plus propre aux matières qui dépendent de ladiscussion et de l’analysé, qu’à celles qui demandent une im-pression vive et prompte. L’habitude qu’il avait prise d’envisagerchaque idée par toutes ses faces, et la nécessité où il s’était trouvéde parler presque toute sa vie à des enfans, lui avaient fait con-tracter dans la conversation une diffusion qui passait quelquefoisdans ses écrits, et qu’on y remarqua surtout à mesure qu’ilavança en âge. Souvent dans ses entretiens il faisait précéderce qu’il avait à dire par des préambules dont on ne voyait pasd’abord le but,- mais dont on apercevait ensuite le motif, etquelquefois la nécessité. Son peu dfe Connaissance des hbmmes ,son peu d’usage de traiter avec eux , et sa facilité à dire libre-ment ce qu’il pensait sur toutes sortes de sujets, lui donnaientune naïveté souvent plaisante, qui eût passé pour simplicité danstout autre que lui, et on eût pu'l’appeler le La Fontaine desphilosophes. Par une suite de ce caractère, il était sensible aunaturel, et blessé de tout ce qui s’en éloignait ; aussi, quoiqu’iln’eût aucun talent pour le théâtre, on assure qu’il ne contribua