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Tome troisième.
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5o6 ÉLOGE

de nos jours , plus éloquent que philosophe, a tâché d’ébranlerou d’obscurcir , par une bizarrerie aussi étrange qu’affligeante ,et par un amour effréné du paradoxe. Ignorant ou feignantd’ignorer que le premier principe de la morale et de la politique,celui qui est le plus propre à assurer la paix entre les sociétés ,et l’union entre leurs membres, est fondé sur la connaissanceréfléchie de nos plus chers et de nos plus solides intérêts, et queplus les hommes auront de lumières, plus ils verront qu’ils n’ontrien de mieux a faire pour leur avantage, que d’être justes,vertueux, fidèles aux lois, à la patrie dont elles sont la sauve-garde, et au prince chargé de les maintenir : Les scélérats , adit un sage, craignent Injustice , et les honnêtes gens craignentles juges.

NOTE.

(i) Voici les circonstances de l’entrée du cardinal de Rohan dansl’Académie, telles à peu près que l’abbé d’Olivet les raconte. L’abbé deChaulieu , recommandé par feu M. le duc , et plus encore par ses ou-vrages , se présenta pour succéder à Charles Perrault. Plusieurs acadé-miciens , entre autres M. de Tourreil, alors directeur, étaient fort oppo-sés au choix de l’abbé de Chaulieu , et craignaient d’ailleurs que la vie unpeu épicurienne de ce po'éte aimable et philosophe ne lui attirât l’exclusiondu roi. En conséquence, le jour même de l’élection , M. de Tourreil,pour écarter le candidat, qui avait en sa faveur un parti considérable,déclara que le président de Lamoignon se mettait sur les rangs ; et à ceseul nom, dit l’abbé d’Olivet, toutes les voix se réunirent. Nous nevoyons pas trop par quel motif les amis de l’abbé de Chaulieu l'aban-donnèrent en cette circonstance, ni pourquoi le nom d’un excellentpoète devait céder à celui de Lamoignon, tout respectable qu’il est.Quoi qu’il en soit, M. le duc, pour faire reparaître l’abbé de Chaulieusur les rangs, pria M. de Lamoignon de refuser, et n’eut pas de peine àl’obtenir. Louis XIV, qui ne voulait point de l’abbé de Chaulieu, auraitsouhaité pourtant, par égard pour ses protecteurs, de n’être pas forcéde l'exclure avant ou après le choix de l’Académie ; il désirait surtout devoir la compagnie dédommagée , au moins par un grand nom, du petitdégoût que le refus de M. de Lamoignon venait de lui faire essuyer. Ceprince ordonna donc au cardinal de Rohan, qui allait partir pour Stras-bourg, de retarder son départ de quelques jours, et de se mettre sur lesrangs. L’académie fut encore plus empressée à l’admettre, qu’elle nel’avait été à nommer M. de Lamoignon; et en même temps elle arrêta,pour se mettre désormais à l’abri des refus, que personne ne pourraitdorénavant être proposé au roi, si quelque académicien ne répondaitque le sujet élu accepterait la place.