5i?. éloge
pouvait plus connaître le goût, le ton et la manière, s’expliqua,sur la comédie des Dehors trompeurs, avec plus de fiel que d’é-quité ; il eût mieux fait d’en donner une meilleure , et on auraitpu lui appliquer ce vers d’une tragédie connue , inutile leçon desécrivains difficiles et médiocres :
Vous fûtes malheureux, et vous êtes cruel!
Boissy , que sa pièce des Dehors trompeurs mettait au rang desvrais poètes comiques, avait, dit-on , formé le projet de faire uneseconde comédie du même titre, mais toute différente, et pres-que opposée par le caractère qu’il voulait y peindre. La premièreavait offert sur la scène un homme aimable et recherché dans lessociétés passagères et frivoles , insupportable dans l’intérieurde sa maison , un homme tout au plus fait pour être une con-naissance agréable , quoiqu’indifférente , et ne sachant être niamant, ni époux , ni ami. Il voulait tracer dans la seconde pièceun tableau moins commun, celui d’un homme peu aimable dansla société, insupportable même à ceux qui ne le voient qu’enpassant, et facile pour tous ceux qui dépendent de lui ou qui enont besoin. Ce tableau, quoique le monde en offre quelques mo-dèles , était plus difficile à tracer que l’autre, non-seulementparce que les originaux en sont plus rares , mais parce que cegenre de contraste de la bonté domestique avec la dureté exté-rieure, serait peut-être moins piquant sur la scène, que le con-traste opposé de la bonté extérieure et de la dureté domestique.Ce fut peut-être la raison qui fit renoncer Boissy à son projet.Il était d’ailleurs bien plus commode pour lui de composer despièces oit il n’avait à soigner que les détails , sans s’occuperbeaucoup de l’ensemble ; le fond lui était si indifférent, qu’em-barrassé quelquefois du titre qu’il donnerait à l’ouvrage , il pre-nait le parti de laisser ce titre en blanc, et de s’en remettre là-dessusaux spectateurs. Deux de ses comédies ont pour titre , la ¥¥¥ , etle Je ne sais quoi; et le public même, en les accueillant, les atrouvées dignes de ces titres , qu’il n’a pas cru devoir changer.
Souvent même l’auteur ne cherchait pas à traiter des sujetsoh il pût coudre une intrigue quelconque , et lier , bien ou mal,les scènes entre elles. Un grand nombre de ses pièces , surtoutparmi celles que nous avons appelées vaudevilles du temps , sontà scènes détachées , qu’on nomme autrement scènes épisodiques ;ce mot ne veut pas dire qu’on s’est permis dans la pièce quelquesépisodes , liberté qui est un défaut; mais, ce qui en est un bienplus grand , que dans la pièce tout est épisode , et rien n’est sujet.IJn nom plus précis et plus juste, qu’on donne encore à cescomédies, est celui de pièces à tiroirs; expression d’autant