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Déjà il avait fait quelques progrès dans la carrière d rama tique,et reçu, disait-il, de la main de l'Italie plusieurs couronnes,lorsqu’il ambitionna d’en recevoir aussi quelqu'une de la mainde Melpomene. Il donna une tragédie à'Alceste , qui ne fut pasheureuse , et qui, malgré l’honneur qu’elle eut d’être proscritepar le gouvernement, se vit encore peu recherchée. L’auteursentit que sa mnse , agréable et riante , n’avait pas la force et lachaleur nécessaires pour les grands tableaux et les grandes pas-sions ; il quitta donc bien vite, comme if le disait encore, lepoignard et le cothurne tragique , pour reprendre le masque etle brodequin comique, qu’il n’aurait pas dû quitter; et des suc-cès réitérés le dédommagèrent avec usure de ce petit momentde disgrâce.
Ses comédies , quoiqu’en très-grand nombre , sont presquetoutes en vers. 11 avait, pour ce genre d’écrire , une facilitéprodigieuse ; la poésie était comme sa langue maternelle : d’ail-leurs, les détails dont ses pièces sont remplies , et qui en font leprincipal mérite , devenaient plus piquans et plus agréables parle coloris que la versification leur prêtait , et par une harmoniefacile qui servait à les imprimer plus aisément dans la mémoire.Ajoutons, car pourquoi le dissimuler , que cette gaze brillantepeut souvent donner de l’éclat à des idées qui, exprimées enlangage ordinaire , paraîtraient usées et communes. On estobligé d’avoir plus d’esprit en prose ; et les spectateurs, sans enformer expressément le projet, exigent tacitement que celui quiles rassemble au théâtre, pour ne leur parler que leur languenaturelle, le* dédommage , A force de choses , du plaisir que lapoésie leur faisait espérer. L’auteur du Philosophe marié et duGlorieux pensait ainsi. La versification, dit-il dans une lettreà un jeune auteur, donne souvent du relief A de pures fadaises.Nous ne changeons rien à ses expressions ; et son témoignage estd’autant moins suspect, que la plupart de ses comédies, etsurtout les meilleures , sont écrites en vers- (?.). Celles de Boissy,qu’on nous permette celte comparaison , sont des espèces A’opé-ras , qui auraient perdu la moitié de leur mérite, sans cettesorte de musique vocale que la poésie leur prêtait ; musique né-cessaire pour produire tout l’effet dont ces ouvrages étaient sus-ceptibles : mais la gloire de l’auteur n’a rien perdu à se procurercet avantage, puisqu’il a fait dans ses pièces , si l’on peut parlerainsi , la musique et les paroles. On a dit avec trop de sévérité,des vers estimables de Boissy, ce qu’on a dit avec trop d’indul-gence des mauvais vers de plusieurs autres comédies , qu’ils ontl’effet de l’accent gascon , qui fait souvent tout le sel des motsgascons. Ce jugement serait injuste à l’égard de notre académi-