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Tome troisième.
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DE BOISSY. 5i5

cien ; ses vers ont un autre mérite que celui de n’être pas euprose ; ils sont semés de traits heureux , et qu’on désire deretenir ; ils ont surtout un avantage dont on doit aujourd’huileur savoir gré plus que jamais ; l’esprit y est toujours naturel etexempt de ce jargon ridicule , à la fois puéril et barbare, dontplusieurs de nos pièces modernes sont si cruellement infectées ;espèce de ramage fatigant quoique insipide , que la plupart desspectateurs ont le bonheur de ne pas entendre, que les autresvoudraient oublier, et qui font demander aux gens de goût enquelle langue ces pièces sont écrites.

Son talent pour la versification , et surtout pour celle de lacomédie , qui demande moins d’élévation que d’élégance , fututile, non - seulement aux succès de ses propres pièces , maismême à celui de quelques autres. Plus d’un auteur comique,qui ne se sentait pas poète , et qui n’osait risquer sur la scène sesfaibles productions, revêtues d’une prose aussi faible qu’elles ,trouvait , dans Boissy , un secours prompt et sûr, pour les éleverà la dignité de pièces en vers. Son peii de fortune lui permettaitde chercher dans ce travail une modique ressource ; et cet écri-vain pauvre a fait, sur le théâtre , la petite fortune de quelquespauvres écrivains. II a même réussi quelquefois pour d’autresbeaucoup mieux que pour lui-même ; et il aurait pu s’appliquer,à certains égards, ce vers de Philoctète :

J’ai fait des souverains , et n’ai pas voulu l’être.

Un de ces geais littéraires, qui se paraient si souvent de sesplumes , avait trouvé moyen de s’approprier une comédie ma-nuscrite , dont le plan et l’exécution lui avaient paru promettrele succès; mais la pièce était en prose, et le plagiaire, pouravoir au moins quelque part légitime et réelle à la gloire qu’ilespérait, avait entrepris de versifier cette comédie. Il porta sontravail à Boissy, qui trouva qu’il n’avait fait que mettre en mau-vaises rimes laprose élégante du premier auteurfet qui lui offritde-la décorer d’une parure plus poétique. Il eut bientôt remplises engagemens ; la pièce fut très-applaudie , et de plus elle estrestée au théâtre sous le nom de l’auteur adoptif et supposé, quin’en était ni le premier père , ni même le second, et qui re-cueillit tout l’honneur du succès, sans avoir fait ni le plan del’ouvrage, ni la prose, ni les vers. Cette comédie était celle de■Zénride, une des plus agréables féeries qu’on ait mises sur lascene.Watelet, qui en était le véritable auteur', témoin modestede* applaudisseinens qu’elle recevait tous les jours , jouissait ainsi

1 Watclet a depuis fait imprimer dans scs œuvres la comédie de Zénéide,telle qu’il l’avait faite.