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Tome troisième.
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DE BOISSY. 5i 7

qu'elle doit dire. L’auteur à’Adélaïde applique à cet aréopage,si ridiculement tumultueux, et si plaisamment variable dansses arrêts , le mot d’un avocat vénitien à des juges qui avaientrendu , en deux mois , deux arrêts contradictoires sur deux af-faires semblables : Vous venez , messieurs , leur dit-il avec res-pect, de me faire gagner ma cause ; vous m’en avez fait perdreune toute semblable le mois dernier , et sempre ben (et toujoursbien ) ; les juges rirent tout bas de leur sottise , l’auditoire rit unpeu des juges, et tout le monde sortit content. Cet heureuxsempre ben , peu connu en France avant la charmante préfaced’ Adélaïde, est devenu depuis, suivant le génie de la nation ,l’excuse gaie et proverbiable des sottises contradictoires detoute espèce, dont nous avons si souvent le plaisir d’être lestémoins. Boissy, pour jouir pleinement de son succès, auraiteu besoin de flatter , par un compliment semblable , ceux quil’ayant de même proscrit et absous tour à tour, s’en prenaientà lui d’avoir été dupes; car en même temps qu’il avait à com-battre l’humeur des Comédiens italiens , il eut à essuyer aussicelle de quelques uns de ses spectateurs, lorsqu’ils s’aperçurentdu piège , très-innocent en lui-même, mais, selon eux , très-perfide , qu’il avait tendu à leur goût. Plusieurs d’entre eux sedéchaînaient contre l’insolence de l’auteur, d’avoir, disaient-ils,manqué de respect au public (3) , dont il aurait dû voir en euxles représentais : « De quoi vous plaignez -vous, leur dit un» spectateur philosophe, qui riait tout bas de leur méprise et» de leur indignation? J’ai l’honneur d’être, comme vous,

» membre du public, et je ne me sens point offensé de la petite» malice que l’auteur nous a faite ; pourquoi le seriez-vous plus>• que moi? Je la lui pardonne de toute mon âme, et je vous» conseille d’en faire autant, de crainte que votre petite bévue» et votre grande colère ne lui fournissent le sujet d’une nou-« velle comédie , dont vous commencerez aussi par vous fâcher,

» pour finir, comme moi , par en rire. »

Nous avons dit que Boissy était sans fortune ; il avait de plusfait ün mariage, où il avait moins consulté les convenances quel'inclination , et qui ne contribuait pas à mettre plus d’aisancedans sa vie. Bientôt il se vit réduit à un degré d’indigence , dontnous craignons d’autant moins d’exposer ici le tableau , qu’ilsupporta ce malheur avec beaucoup de uoblesse et de courage.Comme il connaissait l’humiliante dureté des hommes, et lemépris qui suit la pauvreté, il ne parlait jamais de sa triste si-tuation ; il évitait de paraître dans le monde avec l’extérieur dela misère, et il allait même quelquefois jusqu’à montrer auxyeux du public une espèce de superflu , au risque de se priver