Band 
Tome troisième.
Seite
516
JPEG-Download
 

5i6 ÉLOGE

paisiblement et sans bruit d’un honneur qu’il n’a jamais ré-clamé.

Boissy eut, dans sa carrière dramatique , une aventure sin-gulière , quoiqu’elle n’ait pas été unique. Il avait donné auThéâtre-Italien une pièce intitulée le Comte de Neuillj -, qui n’eutpoint de succès ; il la redonna , quelques années après , auThéâtre-Français, sous le titre du Duc de Surrey; et la pièce rreprésentée par de meilleurs acteurs , eut le bonheur de réussir.Les Comédiens italiens crièrent au vol ; ils trouvèrent mauvaisque l’auteur fût parvenu à débiter , sous un autre nom, la mar-chandise qu’ils n’avaient pu faire passer; ils voulurent lui in-tenter un procès , pour avoir été plus adroit ou plus heureuxen changeant de maison et d’enseigne. Boissy, content de sagloire , légitimement, quoique furtivement acquise , olfrit, oude leur abandonner la rétribution du Duc de Surrey , ou deleur donner, une autre pièce , qu’ils auraient apparemment l’artou le bonheur de mieux faire valoir. Ils refusèrent l’un et l’autre,et se vengèrent par une parodTe du Duc de Surrey , intitulée lePrince de Su rêne, qui eut le sort de la plupart des parodies ,celui d’être suivie quelques momens, et d’être ensuite oubliéepour jamais. L’accueil si contradictoire et si disparate fait auComte de Neuilly et au Duc de Surrey, n’est pas la seule oc-casion oh notre adroit parterre ait eu à se reprocher l’inconsé-quence fâcheuse d’applaudir dans un temps ce qu’il avait sifflédans un autre. On sait que la tragédie si intéressante d ’ Adélaïdedu Guesclin fut très-mal reçue dans sa nouveauté, et qu’ondaigna l’écouter à peine ; des raisons particulières d’animositéavaient soulevé contre l’auteur une cabale puissante , qui eut laforce d’entraîner alors les spectateurs; trente ans après, leshaines et les factions s’étant calmées , la pièce osa reparaître ,et fut même remise au théâtre sans aucun changement ; elle re-çut alors les applaudissemens qu’elle méritait, et qu’elle con-tinue de recevoir tous les jours sur la scène française. L’illustreauteur à'Adélaïde a témoigné sa reconnaissance à ses juges, d’unemanière aussi douce que fine, dans l’espèce de préface qu’il amise à la tête de cette tragédie , et que Boissy aurait pu mettrede même à la tête de sa pièce. On ne saurait se moquer, avec plusde grâce et de légèreté , de cette multitude orgueilleuse et mou-tonnière , qu’il faut traiter comme ces sots importons qu’onméprise tout bas , et qu’on caresse tout haut ; car c’est le sortdes auteurs dramatiques , d’avoir à compter avec cette popu-lace imbécile , dont les decisions bruyantes étouffent quelque-fois long-temps la voix des vrais connaisseurs , qui finissent à lavérité par lui prescrire ce qu’elle doit penser, et lui dicter ce