534 ÉLOGE DE VAUX DE SAINT-CŸR.
son ami celui qui avait été son premier maître. La mort, quinous a enlevé ce prince, ne nous a pas permis de recueillir lefruit des vertus que l’abbé de Saint-Cyr lui avait sans doute en-seignées. Un tel instituteur connaissait trop les devoirs d’unsouverain pour n’avoir pas appris à son auguste disciple la né-cessité d’être humain , bienfaisant et juste, de supporter lafaiblesse des hommes , et de laisser même un libre cours à leursécarts, lorsqu’il ne peut en naître de troubles que par la forceque l’autorité leur donne, soit en les appuyant, soit en voulantles réprimer. Il s’était bien gardé surtout (nous devons au moinsle présumer pour l’honneur de sa mémoire) d’inspirer au jeuneprince cette haine secrète pour le mérite, plus commune qu’onne croit dans les cours, et cette aversion sourde pour les lumières,triste preuve de médiocrité ou de quelque chose de pis dans lesmonarques qui ouvrent leur âme à un sentiment si méprisable.Enfin, il n’avait point fait retentir aux oreilles de son élèveces discours ineptes , mais insidieux , si souvent reprochés auxinstituteurs des rois, ces déclamations insipides, dont nos oreillessont si ennuyeusement rebattues, sur l’effroyable danger de laphilosophie ; déclamations qui, par leur trivialité, sont devenues,dans nos sermons même, une espèce de formule usée, et qui, in-fectant aujourd’hui les rapsodies littéraires dont nous sommesinondés, sont, dans ces rapsodies , le cachet infaillible de lamédiocrité hypocrite et envieuse; déclamations enfin qu’on peutcomparer aux couplets fastidieux contre les abbés et les procu-reurs, que notre parterre même ne daigne plus écoute* dans lesfarces de Dancourt. L’abbé de Saint-Cyr dut apprendre àM. le dauphin, que la philosophie, bien loin d’être , commel’imbécile méchanceté l’en accuse , l’ennemie des rois et despeuples , est au contraire leur sauve-garde la plus assurée , parl’horreur qu’elle inspire pour la tyrannie qui rend les souve-rains odieux , et pour la superstition qui rend les peuples mé-prisables ; que sans elle les monarques et les sujets seraientencore aussi malheureux qu’ils l’étaient du temps de Charles-le-Chawe et Louis -le-Begue ; qu’elle seule affermit les rois surleurs trônes , en repoussant les attaques des pontifes ambitieuxqui voulaient les en précipiter ; qu’elle seule a fait cesser lesflots de sang que le fanatisme a répandus ; et qu’ainsi les gou-vernemens qui la persécuteraient après lui avoir eu tant d’obli-gations, ressembleraient à ces ingrats agriculteurs, qui égorgentles animaux par qui leurs terres ont été labourées *.
* Si l'humanité n’est pas assez heureuse pour que tous les princes reçoiventaujourd’hui ces salutaires leçons, il en est au moins quelques uns qui ont euIk bonheur de les entendre, et qui sans doute auront celui de les suivre. Elle»