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Tome troisième.
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ÉLOGE DE VAUX DE SAINT-CYR \

C’est un usage ancien et comme sacré pour l’Académie , derecevoir parmi ses membres le précepteur et le sous-précepteurdes enfans de France. Le mérite éminent des Bossuet, des Féné-lon , des Fleury, suffit pour justifier cet usage; il est d’ailleursnaturel de penser que , pour instruire et former l’héritier de lacouronne, le monarque choisit ceux qui, par leurs connaissanceset leurs lumières , se sont montrés les plus dignes de cette im-portante place , et l’Académie ne doit pas se piquer d’être plusdifficile que son protecteur. Ce fut par ces motifs qu’elle admitl’ahbé de Saint-Cyr, dont la modestie avait, dans le silence,cultivé des talens qui n’échappèrent pas au souverain. L’ahbéBatteux , son ami et son successeur ( non dans la place de sous-précepteur des enfans de France, mais dans celle d’académicien),nous assure qu’il était très-versé dans les langues grecque et la-tine , et qu’il ne négligea rien pour en inspirer le goût à sonauguste élève. Si les effets de ses instructions furent tardifs, ileut du moins la satisfaction d’en jouir. M. le dauphin se plai-gnait souvent d’avoir été très-mal élevé ; plus il acquérait delumières, plus il sentait vivement le malheur de ne les avoir pasplus tôt acquises a . Des princes, beaucoup plus bornés , se sontaperçus plus d’une fois qu’ils avaient eu, comme lui, ce mâllieursi ordinaire à leur état, et ont eu , comme lui, le courage des’en plaindre, au moins quand ils n’ont pas été tout-à-fait abrutisou corrompus par leur funeste éducation. Le dauphin, très-mécontent de la sienne , dans laquelle apparemment l’abbé deSaint-Cyr n’avait pas été secondé par ses coopérateurs, en re-commença une seconde , qui lui fut beaucoup plus utile ; et cequi prouve qu’il n’avait rien à reprocher aux soins que l’abbé deSaint-Cyr avait donnés à son enfance , c’est qu’il l’honoraconstamment de sa confiance et de son estime, daignant appeler

1 Odet-Joscph de Vaux de Giry de Saint-Cyr, sous-précepteur de monsei-gneur le dauphin, fils de Louis XV et père du roi régnant, reçu le to marsI74 a , è la place de Mclchior, cardinal de Polignac; mort le i4 janvier içfii.

3 Nous n’en rapporterons qu’une preuve, qui fait le plus grand honneur àla mémoire de M. le dauphin. Il avait été dangereusement malade; un autreprince du sang l’était en même temps que lui. Le père de ce prince félicitaitM. le dauphin sur son rétablissement, et ajoutait : J’aurais sacrifié la -vie

même de mon fils pour sauver la votre . Je le crois bien , répondit M. le

dauphin. Dans les dernières années de sa vie, il rapportait lui-même cette ré-ponse, en frémissant (c’étaient ses propres termes) de la détestable éduca-tion qu’on lui avait donnée.