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Tome troisième.
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pas courir le risque de se voir frustré des honneurs académiques,pour avoir maladroitement offensé le corps républicain qui lesdistribue ; il fit ses_visites, et fut élu, comme il lui convenait del’être, d’une voix unanime.

Le nom du maréchal de Belle-Isle devait être cher aux lettres,ne fùl-ce que par les bienfaits qu’avait répandus sur elles sonaïeul infortuné, Nicolas Fouquet, surintendant des finances.Si ce ministre eut le malheur d’exciter par son faste, les plaintesde la nation et la jalousie de Louis XIV , il eut aussi l’honneur,si grand pour un sujet, de partager avec le monarque la re-connaissance de plusieurs hommes illustres qui honoraient laFrance par leurs écrits. Aussi a-t-on remarqué , à la gloire deslettres, que lorsque Fouquet, dans sa disgrâce, se vit abandonnéde tous les courtisans, dont un grand nombre lui devaient leurfortune, les gens de lettres seuls se souvinrent de ce qu’il avaitfait pour eux. Ils déclarèrent que le ministre leur ayant imposésilence sur ses bienfaits tandis qu’il était en place , sa disgrâceles dégageait et leur déliait la langue. Le protecteur des talensen fut protégé à son tour. Pélisson osa le défendre , devint élo-quent pour sauver son bienfaiteur, et se rendit même victimepour lui en partageant sa prison '. Ilénault ne montra pas moinsde courage ; il osa attaquer les ennemis les plus redoutables del’infortuné surintendant, et fit contre Colbert cette satire quifut alors si répandue , mais dont l’habile ministre assura qu’ilne se vengerait pas, puisque le roi iij' était point attaqué.La Fontaine , sans audace et sans fiel, mais reconnaissant etsensible, offrit au moins à son Mécène opprimé le senl hom-mage qui pouvait dépendre de lui, sa douleur et ses larmes ; ille pleura dans une élégie touchante , et , ce qui lui fait plusd’honneur encore, prévit, en le pleurant, que tout le fruit qu’ilretirerait d’une action si louable , serait d’être privé , comme ille fut, des bienfaits du roi, auquel il avait tant de droits parses talens, par sa vertu, et par son peu de fortune 1 . Mademoisellede Scuderi, amie de Pélisson , se joignit à lui pour défendreleur bienfaiteur commun. Son médecin Pecquet, homme d’un

* Le savant Lefebvre, père <lc madame Dacier, qui avait eu des obligationsà Pélisson, et qui recevait même de lui, sans le savoir, une pension néces-saire à son indigence, cessa de la toucher lorsque Pélisson fut mis h la Bas-tille ; cette privation lui ayant fait connaître le nom dé son bienfaiteur, ilsaisit l’occasion , si précieuse h une âme élevée, de remercier et d’honorerpubliquement l’ami malheureux qui ne pouvait plus rien faire pour lui, et ilosa lui dédier un ouvrage dans le temps même de sa détention. Chapelain, leprotégé de Colbert, eut la bassesse de reprocher à cet homme de lettres, cou-rageux et reconnaissant, une action si noble et si généreuse.

1 Voyez l’article de Charles Perrault.