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Tome troisième.
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DE FOUQUET. 537

tare mérite , ne put jamais se consoler ; il répétait sans cesseque Pecquet avait toujours rimé et rimerait toujours à Fou-quet ; Brébeuf en tomba malade, et mourut de chagrin 1 : il n’yeut pas jusqu’à un auteur obscur , Jean Loret, écrivain d’unegazette en vers, aujourd’hui très-ignorée, qui n’apportât encette occasion le denier de la veuve. Dès le lendemain de la dé-tention de Fouquet, il publià dans sa gazette les obligationsqu’il avait à ce ministre’. Enfin les jésuites, tout courtisansqu’ils étaient, oublièrent un moment leur politique, pour solliciteren sa faveur la clémence ou la justice du monarqu^. Il est sur-prenant que l’académicien qui fut chargé de la réception dumaréchal de Belle-Isle ait gardé , dans son discours, le plusprofond silence sur une circonstance si honorable au nom queportait le récipiendaire ; circonstance en même temps si propreà faire sentir à tous les hommes en place, combien il est de leurintérêt de se concilier une classe de citoyens , dont la recon-naissance est d’autant plus précieuse, qu’elle donne le ton à lavoix publique , et préside au jugement de la postérité. En effet,nous ne devons pas oublier de dire que les voix réunies de tantd’écrivains , qui s’élevèrent en faveur de Fouquet et contre sonpersécuteur, produisirent dans toute l’Europe un effet prodi-gieux , dont la réputation de Colbert même ne souffrit pas mé-diocrement. 11 sentit quel besoin il avait de ramener à lui deshommes qu’on ne s’aliène pas impunément ; et ce fut , dit-on ,par ce motif, qu’à l’exemple ou à l’envi de Fouquet, il accordaaux lettres une protection si distinguée , seul moyen de leurfaire oublier ses torts à l’égard de leur premier bienfaiteur. Ils’attacha même d’une manière particulière celui qui avait montrépour Fouquet le plus de zèle et de courage , ce fidèle Pélisson,qu’il craignait et qu’il fit taire à force de bienfaits, en négli-geant La Fontaine, qu’il ne craignait pas. Nous ne demanderonspoint grâce au lecteur pour cette digression , qu’aucun hommede lettres ne doit trouver trop longue , et qui sera peut-être à

' On prétend qu’un homme de lettres fort inferieur h ceux dont nous ve-nons de parler, disait un jour K Fouquet, dans le temps de son crédit et desa faveur : a Je ne vous demande, monsieur, ni votre protection ni vos bicn-

faits, ni même la giilcc d’approcher quelquefois de vous, mais seulementv la liberté d’entrer, quand il me plaira, dans votre* antichambre ; on me» croira le mieux du monde avec vous, et tout le monde s’empressera deJ) me faire sa cour et de m’obliger. )>

a Fouquet avait fait donner à ce malheureux gazetier une pension modique ;Colbert la lui ôta le lendemain du jour que sa gazette parut : Fouquet en futinformé dans sa prison, et envoya peu de jours après à Loret une sommeassez considérable pour l’état de détresse où se trouvait alors l’infortune sur-intendant.