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el le silence. Crébiilon était bien éloigne" de donner sur ce pointaux poètes ses confrères un mauvais exemple, dont par malheurilsn’ontpas besoin; il ne s’exprimait jamais qu’avec le plus profonddédain sur ces insectes plus importuns que malfaisans, dont la lit-térature est inondée. Un jeune poète vint un jour lui faire la lec-ture d’une satire; il l’écouta tranquillement ; et quand la lecturefut achevée : Jugez, lui dit-il, combien ce malheureux genreest facile et méprisable , puisqu’à votre âge vous y réussissez.
11 n’est pas inutile de remarquer, comme un trait digne d’êtreconservé dans l’histoire des sottises humaines, que les eunemisde Crébiilon, ne pouvant articuler aucun fait contre sa per-sonne, allaient ^hercher dans ses pièces des preuves de la per-versité de son «aractère. Il n’y avait, selon eux, qu’une âmenoire qui pût s’attacher de préférence aur sujets qu’il avait choi-sis. On m’a chargé, dit-il dans la préface d’Atrée, de toutes lesiniquités de ce personnage , et on me regarde encore dansquelques endroits comme un homme avec qui il ne fait pas surde vivre. Ce peu de mots suffisait pour rendre ses ennemis ridi-cules, et le dispensait d’honorer, comme il fit, d’une réponsesérieuse leur absurde imputation; ils avaient porté l’ineptiejusqu’à lui reprocher, comme des principes qu’il recélait aufond de son cœur, les maximes atroces qu’il avait mises dansla bouche de quelques scélérats, qu’apparemment on voulaitqu’il fit .parler en hommes vertueux pour soutenir leur carac-tère. Le censeur de Sémiramis, après s’être bien fait prier pouraccorder son approbation, crut faire un grand effort d’indul-gence, en la donnant de la manière suivante : J’ai lu Sémiramis,et j’ai cru que la mort de cette princesse, au défaut des remords ,pouvait faire tolérer l’impression de cette tragédie. Il est vraique cet approbateur était un héros de la satire dont nous avonsparlé il n’y a qu’un moment; le scrupule vint en cette occasionprêter sa faible vengeance à l’amour-propre offensé. Tels furentles moyens qu’employèrent la haine et l’envie pour éloignerCrébiilon , et malheureusement elles ne réussirent que tropbien à le réduire au silence qui les mettait si fort à leur aise.
On ne devinerait pas aisément quelle était sa principale oc-cupation dans sa solitude. Il imaginait des sujets de romans,qu’il composait ensuite de tête et sans les écrire ; car sa mé-moire était aussi prodigieuse que sa paresse était insurmontable.Il avait upe grande passion pour ce genre d’ouvrage; et même,presque indifférent k toute autre lecture, il n’avait guère luque nos anciens romans , surtout ceux de La Calprenède , dont' il ne parlait jamais qu’avec admiration, et dont il convenaitd’avoir tiré beaucoup de secours pour ses tragédies (8). Un jour