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ligne, eût été sûr de se voir décrié par cette faction redoutable,et par les échos qu’elle avait à ses ordres. Ces juges éclairés etsuprêmes , aussi pleins de confiance que s’ils eussent été justes,ne se contentèrent pas de faire revivre la gloire de Crébillon , etreverdir ses anciens lauriers ; ils voulurent qu’il y en ajoutât denouveaux, pour flétrir, ainsi qu’ils l’espéraient, ceux de sonconcurrent; et ils crurent, comme dans YÉnéide, mettre unnouvel Entelle aux prises avec un nouveau Darès. Ils pressèrentle poète ressuscité d’achever sa tragédie de Catilina , qu’il avaitcommencée depuis trente ans, dont il avait lu des morceaux àquelques amis, et dont on parlait comme d’une merveille dra-matique (g), Le public , qui depuis si long-temps entendait louercette pièce , et ne la voyait jamais, quoiqu’on la lui.promît tou-jours, s’écriait quelquefois avec Cicéron : Jusqu’à quand abu-serez-vous de notre patience , Catilina? Enfin, l’accueil queCrébillon recevait de toutes parts, les sollicitations de Paris etde Versailles , les prières de l’Académie, les ordres même duroi, tout le détermina à finir et à donner sa tragédie ; mais l’é-venement fit voir qu’il eût mieux fait de continuer à écouter saparesse, que de céder à ses amis et à ses prôneurs. Cette pro-duction , peu digne de l’auteur de Rhadamiste, et qui n’a jamaisreparu depuis sa nouveauté , eut cependant une^orte de succèsmomentané, ou plutôt un assez grand hotnbre de représenta-tions sans aucune estime; elle fut redevable de cette indulgenceà l’intérêt qu’on avait su inspirer au public pour la vieillisse de1 auteur, et surtout à la ligue nombreuse et puissante déchaînéeContre celui qu’elle voulait immoler. Voltaire, sans se rabaisserà vexer son rival par des satires indignes de l’un et de l’autre ,prit un moyen aussi noble qu’eflicace , pour mettre les vrais con-naisseurs à portée de décider la querelle. Il entreprit de traiterla plupart des sujets oh Crébillon avait échoué, et quelques unsde ceux même où il avait été lfe plus heureux. 11 ne craignitpoint que le public équitable lui reprochât d’avoir imité So-phocle, qui, avec l’applaudissement des Athéniens, osa luttercontre le vieux Eschyle, et qui vil ensuite Euripide traiter avecsuccès les mêmes sujets que lui. Comme la vérité est la base denos éloges, et que notre premier devoir est d’être justes, pour-quoi craindrions-nous d’avouer, dans l’éloge même de Crébil-lon, que la nouvelle Si^iiramis, pleinement victorieuse aprèsles plus rudes'attaques , est aujourd’hui regardée comme une denos plus belles tragédies ? qu ’Orestc, long-temps déchiré par lasatire, partage maintenant avec Electre les honneurs de la scène,et lui enlève ceux de la lecture? qu’enfin Catilina a disparu de-vant Rome sainte ; qu’on croit entendre dans ce bel ouvrage le