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même Cicéron qui tonnait pour la patrie dans la tribune aux ha-rangues , et que César s’y montre avec cette supériorité d’âmeet de génie qui devait bientôt lui soumettre les vainqueurs del’univers? Pourquoi craindrions-nous même d’être démentis parles juges respectables qui nous écoutent, en fixant, d’après leurpropre suffrage, le rang que ces deux auteurs tragiques doiventobtenir, ou plutôt qu’ils ont déjà irrévocablement obtenu?N’est-ce pas en effet dans la carrière dramatique que les rangssont le plus nettement décidés , puisque le public , assemblétous les jours au théâtre , y prononce ses arrêts en corps, àhaute voix, sans équivoque et sans appal ? Celui des deux écri-vains dont les pièces sont le plus souvent représentées, attirentle pjus de spectateurs, ont le plus de mouvement et d’effet, re-çoivent le plus d’applaudissemens , et font couler le plus delarmes, celui-là est sans contredit, resté maître du champ debataille. La mort de l’un et de l’autre a fait taire l’amitié et lahaine, et ne laisse plus parler que la justice; ce n’est ni dans(les sociétés, ni dans des brochures qu’on peut apprendre à jugerces deux athlètes , c’est dans la salle du spectacle que leur placeest fixée pour jamais; et s’il pouvait y avoir encore quelquecontestation sur ce sujet, on peut la terminer en deux mots,venez et voyez. Sans insister sur ce parallèle , nous aimonsmieux, pour la gloire de Crébillon et pour celle de son illustrevainqueur, rappeler aux gens de lettres un trait de Voltaire,bien digne de leur être proposé pour exemple. Dans son dis-cours de réception à l’Académie , il avait bien mieux loué Cré-billon que n’avaient fait tous ses partisans ( 10 ) ; c’était à Césarqu’il appartenait de célébrer dignement Pompée. « Le théâtre,>> avait-il dit dans ce beau discours, est menacé, je l’avoue,» d’une chute prochaine; mais au moins je vois parmi vous ,*> messieurs, ce génie qui m’a servi de maître quand j’ai fait» quelques pas dans la carrière; je le regarde avec une satis-» faction mêlée de douleur, comme on voit sur les ruines de sa>> patrie un héros qui l’a défendue. >> Nous ajouterons à ce beléloge le trait honnête et sage de Crébillon lui-même , qui, de-mandé par Voltaire pour censeur de la tragédie d ’Oresle, diten la lui rendant : « J’ai été content du succès de mon Electre ,» je souhaite que le frère vous fasse autant d’honneur que la» sœur m’en a fait. » Tels étaient les vrais sentimens récipro-ques de deux hommes *[u’une cabale odieuse cherchait à dés-unir; elle n’aurait du les approcher, pour emprunter ici unebelle expression de Bossuet, qu’afin d’apprendre de l’un d’euxtoute l’estime que méritait l’autre. Heureux les arts, a dit unancien, si les artistes seuls en jugeaient! Celui qui a dit ce mot