DE CRÉBILLON. 55 g
vers plus énergiques qu’élégans, les complimens (l’usage qu’onentendait depuis si long-temps en prose. On a essayé depuis dTif-francliir nos remercîmens académiques des entraves que nosprédécesseurs y avaient mises, et des bornes étroites ou ces dis-cours étaient circonscrits. Voltaire, dont nous avons tant de foisparlé dans cet éloge, et si bien fait pour donner en tout l’exemple,a le premier prononcé à sa réception un discours utile, un discoursintéressant sur les progrès de la littérature et du goût; il a osé,avecle succès qu’il devait en attendre, ce que les Despréaux et lesRacine auraient dû oser il y a près d’un siècle ; et la plupart deses successeurs se sont fait un honneur et un devoir de l’imiter,en traitant des sujets dont la philosophie et les lettres pussenttirer quelque avantage (12). Pour ôter à ces discours le reste demonotonie qu’on leur reproche, ayons enfin le courage de lesdélivrer des vieilles formules -, à la grande satisfaction des réci-piendaires, et plus encore des auditeurs et des lecteurs. La justereconnaissance que nous devons aux anciens bienfaiteurs decette compagnie est bien mieux gravée dans nos cœurs qu’elle11e peut être aujourd’hui exprimée dans nos harangues; elle nedevrait plus être répétée à ce public difficile et dédaigneux , quedoit à la fin rebuter l’expression trop rebattue des sentimens lesplus lonables.
Une autre circonstance du discours de Crébillon, c’est qu’aumoment oh il prononça ce vers :
Aucun fiel n’a jamais empoisonné ma plume,
le public, par des applaudissemens réitérés, confirma le témoi-gnage qu’il se rendait à lui-même (i 3 ). Car ce public, qui voitavec quelque satisfaction déchirer les hommes célèbres, leursait gré de ne point répondre, parce qu’au plaisir secret qu’il ade les voir outragés sans repousser l’outrage, se joint la justicenon moins secrète qu’il leur rend d’être au-dessus de la satire :aussi, quand la satire est oubliée, ce qui ne nianque pas d’arriverbientôt, il n’y a plus qu’unç voix pour louer leur modérationet leur silence ; on leur tient compte à la fois, et d’avoir connuleur force en se montrant insensibles aux injures, et de n’avoirvoulu troubler ni le plaisir de ceux qui les disent , ni le plaisirde ceux qui s’en amusent.
Les faveurs de la cour , dans le temps même oh Crébillon enétait comblé , n’avaient point énervé son âme. Jaloux de justifierces faveurs par de nouveaux succès, il entreprit une tragédie duTriumvirat, oh il crut pouvoir transporter, avec quelqueschangemens légers, plusieurs morceaux de cette ancienne tra-gédie de Cromwell, qui lui était si chère , et qu’il avait étouffée