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malgré lui. Il osa, dans une assemblée publique, lire à l’Aca-démie quelques uns de ces morceaux , dont la force , et surtoutla hardiesse, frappèrent vivement tout l’auditoire. L’effet fut sigénéral et si violent, que l’auteur reçut ordre, non pas de sup-primer cette pièce, comme celle de Cromwell , mais d’en adoucirles traits qui pouvaient alarmer la prudente circonspection dugouvernement. Contrarié dans son travail, mais non rebuté,Crébillon affaiblit et gâta sa pièce par obéissance ; mais il eutpourtant le courage de la finir, quoique son âge de plus dequatre-vingts ans lui permît et peut-être lui ordonnât le repos.Un grand intérêt l’excitait d’ailleurs à terminer cet ouvrage. Ilavait à cœur de réparer l’honneur de Cicéron, qu’il se reprochaitd’avoir dégradé dans sa tragédie de Catilina, en le faisant troppetit et trop faible. La pièce fut jouée , mais non pas avec le succèsde 1 ’OEdipe à Colonne, que le premier des tragiques grecs avaitcomposé à peu près au même âge ; et Crébillon ne put pasdireavecCorneille :
Tel Sophocle Ji cent ans charmait encore Athènes,
Tel bouillonnait encor son vieux sang dans ses veines ;
le moment de la faveur ou de l’indulgence était passé; on ne vitplus dans le Triumvirat que la vieillesse de l'auteur ; les siffletsrespectèrent sa tragédie, mais la foule n’y vint pas; l’ôuvragedisparut après quelques représentations, et l’auteur ne pensaplus qu’à finir en paix le reste de ses jours.
Nous avons déjà dit que la mémoire de Crébillon était surpre-nante : elle le fut jusqu’à la fin de sa vie. Il n’écrivait jamais sespièces qu’au moment où il fallait les faire représenter; et déjàplus que septuagénaire, il récita par cœur aux comédiens sa tra-gédie de Catilinh. Quand il disait quelque scène à ses amis, etqu’on faisait une critique qui lui paraissait juste, il réformaitl’endroit critiqué, et il oubliait totalement sa première façon,pour ne se souvenir que de la dernière. Sa mémoire , aux ordres,pour ainsi dire , de Son goût, ne conservait que ce qu’il croyaitdèvoir retenir. En général, il était bien plus docile aux critiques,
3 ue ne l’ont été tant ij’auteurs qui auraient eu si grand besoine l’être. Ayant récité dans une assemblée de gens de lettres unetragédie qu’il venait de faire, et les auditeurs l’ayant trouvéemauvaise ; il n'en sera plus question , leur dit-il, vous avez pro-noncé son arrêt; et dès ce moment il oublia tout-à-fait l’ouvrage.
Quoiqu’il eût dans l’esprit plus de force que de gaieté , il sa-vait plaisanter quelquefois. Dans le temps où il ne songeait pasencore à finir son Catilina , dont il n’avait fait que les deux pre-miers actes , il tomba sérieusement malade ; ces deux actes luifurent demandés par sou médecin, qui désespérait de le guérir,